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Automobile : la Chine, d'eldorado à casse-tête pour les constructeurs allemands

Longtemps poule aux œufs d'or pour les constructeurs automobiles allemands, la Chine est devenue un redoutable concurrent, capable de menacer leurs positions...
Publié aujourd'hui à 10h27 - Mis à jour 10h33 - 3 min de lecture
Stella Li, vice-présidente exécutive du constructeur chinois BYD et PDG de BYD Americas, prend la parole lors de la 91e édition du Salon international de l'automobile de Paris, à la Porte de Versailles © Ludovic MARIN

Stella Li, vice-présidente exécutive du constructeur chinois BYD et PDG de BYD Americas, prend la parole lors de la 91e édition du Salon international de l'automobile de Paris, à la Porte de Versailles © Ludovic MARIN

Longtemps poule aux œufs d'or pour les constructeurs automobiles allemands, la Chine est devenue un redoutable concurrent, capable de menacer leurs positions jusque sur leur marché domestique.

"Jusqu'à peu après 2020, les constructeurs automobiles allemands ont tiré leurs bénéfices de la Chine. C'est désormais terminé", assure l'expert de l'automobile Ferdinand Dudenhöffer dans son livre à paraître le 17 novembre, "La nouvelle superpuissance automobile".

Entre 2019 et 2025, les ventes cumulées en Chine de Volkswagen, Mercedes-Benz et BMW, ont reculé de près d'un tiers, passant d'environ 5,65 millions à 3,87 millions de véhicules, selon les calculs de l'AFP à partir des chiffres communiqués par les entreprises.

Dans le même temps, la part de marché des constructeurs locaux en Chine est passée de 37,8 % à 65,3 %, selon la Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles (CPCA).

Cette perte de terrain sur le premier marché automobile mondial pèse lourdement sur toute la filière allemande, des constructeurs aux équipementiers comme Bosch, ZF ou Continental. 

Volkswagen, qui regroupe dix marques dont VW, Audi, Porsche, Skoda et Seat, a ainsi enregistré entre juillet et septembre une perte nette de 5,8 milliards d'euros largement liée à ses difficultés en Chine.

 

Voiture deux fois moins chère

 

Pour de nombreux observateurs, les constructeurs allemands ont tardé à prendre la mesure de la transformation du marché chinois.

"Cela venait d'une attitude élitiste, d'une idée du genre +Oh, nous sommes meilleurs+. On avait du mal à croire que d'autres puissent faire les choses différemment et mieux", explique à l'AFP une ancienne responsable de la stratégie chez Mercedes-Benz.

L'erreur n'a pas seulement concerné la montée en puissance des marques locales comme BYD, Geely ou Xpeng. Les groupes allemands ont également sous-estimé la vitesse à laquelle l'électrique allait redistribuer les cartes.

En octobre, 67,8% des véhicules vendus en Chine étaient électriques ou hybrides selon la CPCA.

Coûts de production plus faibles et domination écrasante dans les batteries, composant le plus précieux d'un véhicule électrique : les constructeurs chinois sont parvenus à proposer des modèles compétitifs à des prix inaccessibles pour les rivaux européens.

Selon M. Dudenhöffer, une berline Audi E5 Sportback produite en Chine pour le marché local coûte deux fois moins cher qu'un modèle comparable fabriqué en Allemagne.

Mais la concurrence ne se joue plus seulement sur les coûts. 

Derrière ces véhicules truffés d'électronique et de fonctions numériques répondant aux attentes des consommateurs chinois figurent désormais des géants technologiques comme Huawei ou Xiaomi.

"La voiture du futur se conçoit en Chine, et non à Wolfsbourg, Ingolstadt, Stuttgart ou Detroit. Aujourd'hui, c'est nous qui apprenons des Chinois - et plus l'inverse", constate M. Dudenhöffer.

 

Dépendance accrue

 

Conscients de leur retard, les constructeurs allemands ont multiplié les partenariats en Chine. Volkswagen s'est notamment allié à Xpeng afin d'accélérer le développement de logiciels et de fonctionnalités numériques pour capter la clientèle locale.

Mais la situation actuelle illustre aussi les risques d'une dépendance excessive.

"L'importance considérable de la Chine sur le marché a toujours été à double tranchant et risquée pour les constructeurs allemands", souligne auprès de l'AFP Stefan Bratzel, expert du secteur au Center of Automotive Management en Allemagne.  

Les conséquences se font déjà sentir sur l'ensemble de la filière automobile allemande. Outre Volkswagen, des équipementiers comme Bosch, Continental ou ZF ont lancé ces derniers mois des restructurations et des programmes d'économies.

Pour autant, aucun constructeur allemand n'envisage un retrait de la Chine.

Volkswagen compte utiliser davantage ses capacités industrielles chinoises pour exporter chaque année 300.000 véhicules vers d'autres marchés en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.

"Nous ne considérons pas la Chine comme un marché dont on peut se dire +Oh, ça va disparaître, concentrons-nous sur autre chose+", a assuré en octobre le président du directoire de Mercedes-Benz, Ola Källenius.

"Quand on est un constructeur automobile mondial comme Mercedes, il n'est pas envisageable de mettre la Chine de côté".