Le vert s'avancerait-il masqué ? Le 14 mars, à Paris, Bpifrance, banque publique d'investissement, présentait le bilan de ses actions « au service de la transition écologique des entreprises françaises ». En 2025, l'établissement a engagé 6,3 milliards d'euros dans le cadre de son « plan climat » lancé en 2020 (pour un total de 35 milliards d'euros sur cinq ans). « Il ne s'agit pas d'une activité annexe », a commenté Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. Le plan climat se décline en trois piliers. En 2025, 1,7 milliard d'euros ont été consacrés au premier d'entre eux qui vise à accélérer la transition et l'adaptation des entreprises, pour l'essentiel, en leur accordant des prêts sans garantie. Le soutien à la croissance des « offreurs de solutions », des greentech, qui proposent des solutions innovantes, a mobilisé 2,5 milliards d'euros. Il s'agit du deuxième pilier du plan. Le troisième consiste à soutenir la production d’énergie décarbonée, via des projets de déploiement d'infrastructures dans l'éolien, le photovoltaïque ou la biomasse. Il a mobilisé 2,1 milliards d'euros pour des prêts à moyen ou long terme, alors que la PPE, programmation pluriannuelle de l'énergie, qui définit notamment les conditions d'achat de l'électricité décarbonnée, n'a été connue qu'en février 2026. « Ce n'était pas évident (…) Nous avons décidé de ne pas poser le sac et d'y aller à fond quand même (…), comme si on allait avoir une bonne PPE, favorable aux opérateurs de la transition décarbonée », précise Nicolas Dufourcq.
Pour servir les trois « piliers » du plan, l'établissement mobilise différents types d'outils. Premièrement, la moitié environ des montants du plan climat ( 3,3 milliards d'euros) ont été fléchés vers du financement, qu'il s'agisse de projets d'énergies renouvelables, de la transition d'entreprises ou d'immobilier vert (achat d'équipements plus durables). Ce dernier dispositif, une nouveauté, s'appuie sur la BEI, Banque européenne d'investissement. En second lieu, 1,1 milliard d'euros ont été destinés au financement de l'innovation (notamment des projets industriels de la greentech). Troisièmement, 1,3 milliard d'euros ont été fléchés vers l'activité d'investissements, essentiellement via du capital développement et des fonds de fonds. S'ajoutent enfin l'activité de garantie (410 millions d'euros ) et l'export (140).
« Un quart des ETI ont souscrit à un Diag »
Au delà des volets financiers, Bpifrance déploie aussi des activités de conseil et d'accompagnement des entreprises dans leurs démarches de transition, via des incubateurs ou l'animation du réseau la Communauté du Coq vert (3 500 membres). Mais la réalisation de diagnostics, outils permettant aux entreprises de démarrer, constitue un axe fort de l'offre de Bpifrance. 1 200 « diags » ont été réalisés en 2025 ( Diag décarbon'action, le plus demandé, Eco-Flux...) . « Aujourd'hui, un quart des ETI ont souscrit à un diag », constate Isabelle Albertalli, directrice climat chez Bpifrance. D'après l'établissement ces dispositifs ont permis aux entreprises de réduire de 17% leur consommation annuelle d'énergie. Dans certains cas, l'économie annuelle peut atteindre « 50 000 euros », pointe la directrice, qui illustre son propos de plusieurs exemples.
En Isère, Duchêne industries, PME qui fabrique et usine des pièces métalliques, a réalisé un diag Eco-Flux pour réduire ses consommations énergétiques. Résultat : 25% d'économies obtenues avec plusieurs opérations, dont la réduction de fuites d'air comprimé et le passage à l'éclairage Led. Autre exemple, la PME Daniel Poussier, paysagiste en Val-de-Marne, qui a réalisé un diag décarbon'action. « Cela a provoqué un déclic. L'entreprise a entièrement repensé ses process », explique Isabelle Albertalli. Aujourd'hui, la société ne sert plus que des clients à moins de 30 km. Son score de réemploi de retours de chantier est passé à 80% (contre 20% en 2022).
Le fameux backlash (retour en arrière) écologique ? « Ce n'est pas ce que l'on voit sur le terrain », estime Isabelle Albertalli. Pour elle, sous réserve des fragilités économiques susceptibles de décourager les investissements, aujourd'hui, plusieurs dynamiques incitent PME et ETI à s'engager dans une démarche « verte » : les incertitudes que fait peser la géopolitique sur les approvisionnements et sur le prix de l'énergie, les impacts croissants du changement climatique, les demandes des grands donneurs d'ordre... Simplement, l'argumentaire de Bpifrance auprès des entreprises, a évolué, depuis l'élection de Donald Trump. « Au lieu d'évoquer le climat, la biodiversité, la nature ou la planète, nous parlons compétitivité, coût, Ebitda... », explique Isabelle Albertalli.