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Créer des crèches dans les quartiers populaires: la mission d'un consortium contre les inégalités

Permettre aux enfants modestes de mieux accéder aux crèches afin de lutter contre les inégalités: c'est la mission que s'est donnée le consortium Yci Enfance, qui rassemble acteurs publics, privés et associatifs, pour créer des...
Créer des crèches dans les quartiers populaires: la mission d'un consortium contre les inégalités © Thomas SAMSON

Créer des crèches dans les quartiers populaires: la mission d'un consortium contre les inégalités © Thomas SAMSON

Permettre aux enfants modestes de mieux accéder aux crèches afin de lutter contre les inégalités: c'est la mission que s'est donnée le consortium Yci Enfance, qui rassemble acteurs publics, privés et associatifs, pour créer des établissements non lucratifs dans des quartiers populaires.

Une première structure associative de 30 berceaux vient d'ouvrir ses portes au rez-de-chaussée d'un nouvel immeuble résidentiel, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). 

Des murs blancs, des meubles en bois clair et des jouets multicolores répartis entre deux salles baignées de lumière, donnant sur un jardin... Un design qui "apporte du calme et de la modernité", apprécie Roxanne Dugot, directrice de cette crèche, opérée par Crescendo. 

Quelques semaines après l'ouverture, elle procède encore a des "ajustements", d'emploi du temps, proposant des jours de garde supplémentaires à des familles ayant inscrit leur enfant à temps partiel. "Les parents se sont déjà organisés pour l'année, certains ne travaillent pas, ils optent donc pour des contrats de quelques jours hebdomadaires pour que l'enfant se sociabilise", explique-t-elle à l'AFP. 

Mère de trois enfants, Aissatou Siby, a inscrit son cadet quatre jours par semaine afin de "se libérer du temps" pour s'occuper de son nourrisson de cinq mois et "chercher du travail". "Plus difficile depuis l'arrivée du bébé", elle se réjouit de voir son fils gagner en "autonomie" depuis qu'il fréquente la crèche, décrit-elle à l'AFP, en le serrant dans ses bras, avant de rentrer chez eux. 

Socialisation

Olivier Matjapa a inscrit sa fille de 13 mois pour "l'aider dans la vie sociale" car "elle était tout le temps avec sa maman ou moi et n'acceptait pas les autres", raconte-t-il, en attendant dans le hall, près des petits bancs en bois et des casiers à chaussures.

"Le défi, c'est d'aider les enfants à évoluer, à sortir du cercle familial, certains n'avaient jamais été gardés avant", observe Haby Tambadou, éducatrice de jeunes enfants, en surveillant quelques petits, emmitouflés dans leurs manteaux, pendant qu'ils s'amusent avec des draisiennes et des cerceaux sur la grande terrasse en bois.

Selon la Cnaf, les enfants des familles allocataires les plus modestes sont 24% à bénéficier d'un mode de garde contre 74% de ceux des familles aux revenus plus élevés.

"De manière générale, obtenir une place en crèche en France relève du parcours du combattant et les familles défavorisées ont moins de ressources pour le mener à bien", explique à l'AFP Laudine Carbuccia, docteure en sociologie et chercheuse aux Etats-Unis. 

L'accès à une crèche permet "de compenser en partie les inégalités de développement entre les enfants" liées au milieu social, par exemple au niveau du langage ou des compétences socio-émotionnelles, décrit cette spécialiste des politiques publiques et de la petite enfance. Pour améliorer l'accès des moins favorisés à ce service, elle recommande aux pouvoirs publics de "prêter attention aux critères d'attribution" et de "créer des places".

Offre inégale

A l'échelle nationale, on estime qu'il en manque environ 200.000. L'offre est très inégale selon les départements: moins de quatre places pour dix enfants en Seine-Saint-Denis et à La Réunion, contre plus de sept en Bretagne et dans les Pays de la Loire, tous modes de gardes confondus, selon la Cnaf.

Depuis un an, les communes sont chargées d'organiser l'accueil des enfants de moins de trois ans. Mais ces dernières, en particulier les plus modestes, "n'ont pas forcément les moyens humains ou les compétences pour développer" des projets de création de crèches, explique à l'AFP Anne-Claire Mialot, directrice générale de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine.

Face à cette situation, cette agence de l'Etat s'est associée au fonds spécialisé dans les infrastructures Meridiam, ainsi qu'à des acteurs associatifs, au sein d'un consortium baptisé Yci enfance. Leur projet: ouvrir des crèches non lucratives dans les quartiers prioritaires de la ville, en simplifiant la tâche aux maires avec une "formule clé en main".

"Nous nous chargeons de la maîtrise d'ouvrage, c'est-à-dire de la construction ou de l'aménagement de locaux ainsi que du financement du projet via un emprunt", précise à l'AFP Cécilie Cristia Leroy, directrice générale d'Yci Enfance. L'objectif est d'ouvrir une centaine de crèches en France d'ici sept ans, proposant en tout 4.000 places à des tarifs conventionnés.