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Le Pen réaffirme la "voie médiane" du RN sur l'économie, après ses dissonances avec Bardella

Au Rassemblement national, le 1er-Mai c'est la patronne qui fait le travail: en meeting à Mâcon, Marine Le Pen a défendu la "voie médiane" du parti sur l'économie, deux jours après un couac...
Marine Le Pen le 1er mai 2026, à Mâcon en Saône-et-Loire © OLIVIER CHASSIGNOLE

Marine Le Pen le 1er mai 2026, à Mâcon en Saône-et-Loire © OLIVIER CHASSIGNOLE

Au Rassemblement national, le 1er-Mai c'est la patronne qui fait le travail: en meeting à Mâcon, Marine Le Pen a défendu la "voie médiane" du parti sur l'économie, deux jours après un couac avec Jordan Bardella sur les "surprofits" pétroliers.

Sans cesse, remettre l'ouvrage sur le métier. Les deux têtes du RN ont beau jurer parler d'une même voix, il leur faut parfois raccorder les violons. Comme après leur dissonance en direct mercredi, quand Marine Le Pen a jugé "normal" de taxer les "surprofits" engrangés par TotalEnergies grâce à la guerre en Iran, au moment même ou Jordan Bardella estimait qu'"inventer des nouveaux impôts" n'était "pas la priorité".

A ceux qui y auraient décelé une divergence, la triple candidate a rappelé la ligne: "Notre voie économique est une voie médiane qui n'est ni le tout marché, ni le tout Etat" et cette "vision n'a rien d'utopiste, de brutal (ni) de choquant", a-t-elle affirmé, revendiquant rien moins que l'héritage "de Colbert, de Richelieu (et) de De Gaulle". 

Devant quelque 5.000 partisans massés au Spot, la grande salle de spectacle de la préfecture de Saône-et-Loire, la triple candidate à la présidentielle a aussi puisé dans le répertoire de Jacques Chirac, reprenant son "ambition inachevée de réparer la fracture sociale", et de François Mitterrand, affichant sa "force tranquille" à l'approche d'un scrutin plus que jamais à portée de sondages pour l'extrême-droite.

Inspirations révélatrices d'une volonté persistante de retenter sa chance l'an prochain, si la justice ne l'empêche pas de concourir. Quitte à vanter des "conquêtes sociales (...) arrachées à l'égoïsme des logiques économiques à courte vue", comme la Sécurité sociale, les retraites et l'assurance-chômage, pour fustiger dans la foulée "l'assistanat", la "paresse" et les "profiteurs".

Ou encore à déplorer que "le travail n'est pas suffisamment payé", sans pour autant "reprocher à quiconque le patrimoine légitimement acquis".

Bardella pour le "mérite

Une forme d'en même temps, mais antimacroniste, parfaitement assimilé cette fois-ci par Jordan Bardella, qui a exalté les "travailleurs courageux" et les "entrepreneurs audacieux", avant de promettre "une société du mérite" où "le salaire brut se rapproche du net".

Remplaçant désigné en cas de forfait de sa mentor, le jeune président du parti à la flamme a au passage attaqué ses possibles adversaires Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau, tous coupables à ses yeux d'avoir "exécuté la politique d'Emmanuel Macron" ces dix dernières années.

"Vous ne devriez pas vous présenter à la présidentielle. Vous devriez plutôt vous couvrir la tête de cendres et demander pardon au peuple français", a-t-il lancé à l'adresse de ces concurrents déclarés ou pressentis.

Officiellement candidat à Matignon jusqu'à nouvel ordre, M. Bardella a profité de l'occasion pour développer sa vision de l'école, creuset de "cette société du mérite que nous voulons construire", en y imposant l'uniforme et -nouveauté- "le vouvoiement du personnel éducatif". Sans oublier d'y enseigner "les grandes figures qui ont façonné la France": De Gaulle, encore, Napoléon et bien sûr Jeanne d'Arc, traditionnellement célébrée par le RN en ce 1er-Mai rebaptisé "fête de la Nation".

Celui qui sera peut-être sacré candidat à Orléans, lors du prochain congrès du parti fin octobre, a même paru se comparer à la native de Domrémy, cette "enfant du peuple" que "rien ne destinait à entrer dans l'Histoire". Icône invoquée pour mieux marteler l'intention de "reprendre le contrôle des frontières" d'une France qui "n'a pas vocation à accueillir toute la misère du monde" -déclenchant les habituels "on est chez nous" du public nationaliste.

Dans une ultime accolade pour démontrer leur unité, le duo de dirigeants du RN a conclu ce dernier meeting avant l'été et la date fatidique du 7 juillet, lorsque la cour d'appel de Paris scellera le sort de Mme Le Pen.

A l'extérieur, leurs opposants aussi ont marqué le coup: environ 2.500 personnes (1.800 selon la police, 3.000 d'après les syndicats) ont participé dans la matinée à la manifestation du 1er-Mai à Mâcon. Près de dix fois plus qu'en temps ordinaire, signe de l'enjeu écrasant à un an pile de l'élection suprême.