Ils ont épluché toutes les données disponibles pour comprendre. Les experts qui mènent l'enquête sur la crue meurtrière au Népal et en Chine commencent à lever le voile sur son déroulement et ses causes, mais nombre de questions demeurent.
Voilà l'état de leurs travaux préliminaires:
Que s'est-il passé ?
Le 26 août, à 08H37 (02H52 GMT), un morceau de glace et de roche s'est détaché de la face nord du mont Langtang Lirung, au Népal, selon un rapport préliminaire du consortium scientifique HiRISK.
Située à environ 5.200 m d'altitude, cette tranche de montagne -- d'une largeur estimée de plus d'un kilomètre -- a plongé environ 800 mètres plus bas sur un glacier, obstruant momentanément la rivière Lhende.
Sitôt libérée, la masse d'eau, de glace et de débris s'est engouffrée dans la vallée avec une force et une vitesse inouïe, arrachant tout sur son passage, y compris de nombreuses roches.
"Sur une pente extrêmement forte, la gravité a rapidement accéléré l'eau et les débris", selon HiRISK, qui a estimé à 142 millions de mètres cubes le volume qui a déferlé dans la vallée.
Cette masse a parcouru une distance de 20 km en à peine sept minutes.
"La différence d'altitude est énorme, sur une distance très courte", confirme à l'AFP le géologue Sudan Bikash Maharjan, du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD).
"Tout ça a déferlé à la vitesse d'un train."
Pourquoi l'effondrement ?
Les scientifiques ont identifié plusieurs facteurs possibles pour expliquer l'effondrement du morceau de montagne, mais il est encore trop tôt pour avancer des conclusions catégoriques.
Entre 1990 et 2020, le glacier en cause s'est rétréci de 450 mètres et exposé la roche qu'il recouvrait auparavant.
Une variation des températures extérieures, l'humidité et la diminution du permafrost -- la couche de sol qui reste gelée en permanence -- ont pu fragiliser les fractures de la roche ainsi mise au jour, avancent les scientifiques.
De même, la roche a pu être déstabilisée par des infiltrations d'eau, ajoutent-ils.
Tous précisent toutefois qu'ils n'ont enregistré aucun séisme, aucune pluie exceptionnelle ou aucune période de chaleur extrême avant l'effondrement.
"Pour établir une cause avec certitude, il faudra se rendre sur place et analyser le terrain", dit M. Maharjan.
Les scientifiques examinent également l'hypothèse selon laquelle le tremblement de terre meurtrier survenu de 2015 au Népal aurait pu contribuer à l'instabilité de ce pan de montagne.
Quel rôle pour le changement climatique ?
Le réchauffement des températures a pu rendre la pente plus vulnérable, notent les experts, mais ils se refusent à lui attribuer seul la responsabilité de l'effondrement du morceau de montagne.
Selon plusieurs études, les glaciers de l'Himalaya ont fondu deux fois plus vite que la moyenne depuis le début du siècle, exposant à l’air libre des roches jusque-là recouvertes de glace et désormais soumises aux variations de température et aux précipitations.
Le retrait du permafrost a aussi laissé l'eau s'infiltrer plus profondément dans les fractures de la roche. Et l'effondrement des montagnes peut également relever de mouvements géologiques naturels, notent-ils.
"Le changement climatique rend tous (ces événements) plus probables", estime le géoscientifique Jakob Steiner.
Un épisode prévisible ?
Les experts cherchent à établir si certaines données relevées avant la catastrophe, comme l'accélération des mouvements du glacier ou la hausse des volumes d'eau fondue, pourraient constituer des signes avant-coureurs de la catastrophe.
Aucun n'aurait toutefois permis d'établir qu'un accident était imminent et donné aux autorités, au Népal comme en Chine, les moyens de déclencher une alerte, tranche M. Steiner.
"Il y a tellement de montagnes dans la région" à surveiller, rappelle-t-il.
Quels risques de répétition ?
Les experts espèrent que la compréhension des événements du 26 août permettra de développer des outils capables d'anticiper leur répétition.
"Il faut que la connaissance (de ce qu'il s'est passé) soit au moins utilisée pour être mieux préparés, en mettant au point des outils qui nous permettent d'identifier l'aiguille dans une botte de foin sur laquelle nous devons nous concentrer", espère Jakob Steiner.
La surveillance des glaciers et des cours d'eau et le partage d'information entre pays voisins sont vitales.
"Ce qu'il nous faut vraiment, c'est un mécanisme qui ne fonctionne pas seulement pendant un désastre mais en permanence", insiste Saswata Sanyal de l'ICIMOD.
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