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Dans les Yvelines, Neauphle-le-Château n'a pas oublié Khomeini

Près de cinquante ans après, Neauphle-le-Château garde toujours en mémoire le passage d'un "habitant" pour le moins singulier: l'ayatollah Khomeini s'y était établi pendant quatre mois, avant de rentrer à Téhéran...
L'ayatollah iranien en exil Ruhollah Khomeini à  Neauphle-Le-Château, dans les Yvelines, en janvier 1979 © JOEL ROBINE

L'ayatollah iranien en exil Ruhollah Khomeini à Neauphle-Le-Château, dans les Yvelines, en janvier 1979 © JOEL ROBINE

Près de cinquante ans après, Neauphle-le-Château garde toujours en mémoire le passage d'un "habitant" pour le moins singulier: l'ayatollah Khomeini s'y était établi pendant quatre mois, avant de rentrer à Téhéran pour renverser le chah d'Iran en 1979.

C'est dans cette bourgade cossue des Yvelines de 3.300 habitants, à 5.000 kilomètres de Téhéran, que l'imam a passé ses derniers mois d'exil après avoir transité par la Turquie et l'Irak.

Expulsé de ce dernier pays, le religieux cherche alors un nouveau refuge: "Le seul endroit où un Iranien pouvait venir sans visa, c'était la France", explique Bernard Hourcade, géographe et spécialiste de l'Iran au CNRS. 

En France, Abolhassan Banisadr, futur premier président de la République islamique d'Iran, lui propose de l'héberger dans le Val‑de‑Marne, à Cachan. Puis "une amie de ce cercle" lui donne les clés d'une maison de famille à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Paris.

C'est ainsi que le dignitaire chiite trouve refuge à Neauphle-le-Château, où il préparera d'octobre 1978 à janvier 1979 le renversement du régime pro-occidental du chah Mohamed Reza Pahlavi.

À quelques mètres du terrain où Khomeini avait établi son quartier général, André, 86 ans, qui ne souhaite pas donner son patronyme, se souvient très précisément de celui qui fut provisoirement son "voisin".

"Comment l'a-t-on découvert? Un soir à la télévision, on annonce qu'un ayatollah s'est installé dans une petite commune des Yvelines. Dès le samedi matin, ça a été l'afflux de journalistes. Ils stationnaient partout!", témoigne cet ancien ingénieur qui habite ce village de la banlieue parisienne depuis 1974.

L'octogénaire garde en mémoire une agitation constante, un va-et-vient perpétuel: "La quantité de personnes que recevait l'ayatollah, surtout de jeunes Iraniens qui étudiaient en Allemagne, c'était incroyable". "Il a organisé toute la révolution en Iran depuis Neauphle-le-Château."

Dans ce village yvelinois, l'une des activités principales de l'ayatollah consistait à enregistrer des discours, copiés ensuite sur cassettes et envoyés en Iran, précise le chercheur Bernard Hourcade.

Epiphénomène

Pour Alain Simonneau, 80 ans, qui résidait dans le bourg à la fin des années 1970 avant de déménager dans une commune voisine, cette présence ne fut qu'"un épiphénomène pour Neauphle, même si cela fait partie de notre mémoire collective, à notre corps défendant".

"On en entendait plus parler à la télé ou à la radio qu'entre nous", assure-t-il.

Michel, 87 ans, rencontré sur la place centrale et qui ne souhaite pas non plus donner son patronyme, se rappelle surtout des "contrôles de police" et des "ruelles bloquées". "On n'a pas été gênés par sa présence, mais les voisins route de Chevreuse (où habitait l'ayatollah, ndlr) ont été bien ennuyés."

"C'est là, c'est l'Histoire", résume Lydie Kadiri, installée depuis 1999 dans le village. "Quand on dit que l'on vient de Neauphle-le-Château, tout de suite on pense à l'ayatollah!"

Pèlerinage

Aujourd'hui, rien ne subsiste du passage du religieux, décédé en 1989. Son QG de l'époque a été pulvérisé par une explosion une nuit de février 1980. A sa place, d'autres bâtisses ont été construites.

"Un soir, j'ai entendu une cavalcade et d'un seul coup, tout s'est enflammé. Sous l'effet de la déflagration, la maison a bougé. Dans mon couloir, des briques de verre ont même été fendues", se souvient André, qui habitait en face. 

Sur le terrain où Khomeini avait autrefois l'habitude de prier et de recevoir ses partisans, un panneau qui attestait du lien entre le Guide iranien et la commune a par ailleurs été vandalisé en 2023.

Seuls des pèlerinages en sa mémoire sont encore régulièrement organisés sur cette parcelle - désormais en friche - pour célébrer l'anniversaire du retour d'exil de Khomeini en Iran, le 1er février 1979.

"Entre 150 et 200 personnes viennent une fois tous les ans, avec l'ambassadeur, pour fêter cet anniversaire", confirme un habitant d'une maison attenante au terrain, qui souhaite rester anonyme.

À Téhéran, une rue porte toujours le nom de la commune française, où se trouve l'ambassade de France.