Un tireur à trottinette a fait deux morts et six blessés dans un quartier de Nice lundi en plein après-midi, des victimes pour certaines sans lien avec le trafic de drogue qui empoisonne la vie des habitants de ce secteur de la ville.
Le procureur de Nice, Damien Martinelli, a annoncé dans la soirée l'ouverture d'une enquête des chefs d'assassinats en bande organisée, tentative d'assassinats en bande organisée et association de malfaiteurs pour ces violences "directement liées au trafic de stupéfiants".
Dans un communiqué, il a également précisé que les deux personnes mortes, âgées de 38 et 57 ans, ne "présentaient pas d'antécédents en lien avec le trafic de stupéfiants".
Parmi les six autres victimes, toutes blessées par balle, trois sont en "urgence absolue" selon la même source. Le procureur a indiqué que trois d'entre elles étaient connues de la police pour narcotrafic.
Devant un magasin de bonbons
La fusillade s'est produite à 15h30, sur une place commerçante très fréquentée du quartier des Moulins, à l'ouest de Nice.
Le tireur "a été déposé par un véhicule, s'est rapproché en trottinette, il a fait feu et il est reparti en trottinette (...) récupéré par un véhicule qui a pris la fuite", a indiqué le procureur.
Les personnes touchées étaient attablées à la terrasse d'un café, devant un magasin de bonbons, et selon M. Martinelli, le tireur a ouvert le feu "par rafales": 17 étuis ont été retrouvés sur place.
Selon la police, la voiture utilisée pour déposer le tireur près du lieu du drame, un véhicule volé la veille, a été retrouvé incendié lundi après-midi.
En octobre déjà, la même place des Amaryllis, point de trafic de drogue bien connu selon le maire Eric Ciotti, avait été le théâtre d'un double meurtre.
Des assaillants à bord d'une voiture avait ouvert le feu apparemment au hasard, provoquant la mort d'un père de famille tchétchène de 57 ans et d'un Niçois de 20 ans, ni l'un ni l'autre liés au trafic de drogue.
Sabrina, 44 ans, dont le logement donne sur cette place, en avait été témoin: "ma fille et moi on a vu les corps. Aujourd'hui, elle était en train de rentrer du collège quand on a entendu les tirs. J'ai entendu +Pa-pa-pa-pa-pam+. J'ai encore le son dans la tête. J'ai vu tout le monde courir, crier."
"Ils cachent leurs trucs dans notre immeuble", témoigne cette habitante épuisée, "j'héberge un réfugié ukrainien, il dit que c'est comme là bas (...) j'ai perdu ma santé, mon emploi..."
Une guerre
"C'est une guerre dont il s'agit et pour gagner une guerre, il faut utiliser des armes de guerre, des armes au premier sens du terme, des armes juridiques, des armes judiciaires, des armes pénales", a martelé le maire de Nice face à la presse.
Pour M. Martinelli, les violences de lundi sont "en relation avec les faits survenus le 8 mai au soir dans le quartier des Moulins et le 9 mai au soir dans le quartier Fenoglio de Briga".
Vendredi soir, une épicerie du quartier des Moulins, avait été ciblée par des tirs et une explosion, entraînant l'ouverture d'une enquête pour "tentative d’homicide en bande organisée et association de malfaiteurs".
Samedi soir, des tirs avaient éclaté dans un autre quartier de Nice également touché par le narcotrafic, Saint-Roch, visant des jeunes gens réunis à un carrefour.
Dimanche, le préfet des Alpes-Maritimes avait annoncé avoir demandé "un renforcement significatif des effectifs de police sur les secteurs concernés".
Les Moulins, un quartier de 8.000 habitants proche de l'autoroute, à l'entrée de la ville, mais enclavé et régulièrement marqué par des violences pour le contrôle de points de deal, a déjà été endeuillé à plusieurs reprises ces dernières années, avec de nombreuses victimes collatérales.
Les autorités y dénombraient récemment cinq points de deal, "dont 2 très actifs", contre douze en 2023. Eric Ciotti a déploré "onze morts dans le seul quartier des Moulins" depuis l'été 2024.
En juillet 2024, sept personnes d'une même famille, dont trois enfants et un adolescent, avaient péri dans un incendie criminel visant un autre étage sur fond de trafic de drogues.