Agir sur Le recul du trait de côte est «un sujet essentiel parce que la France dispose de 20 000 kilomètres de côte avec l’Outre-mer», a rappelé Éric Morbo, directeur général de l’association de protection de l’environnement, de l’océan et des littoraux Surfrider Foundation Europe, lors d’une conférence de presse organisée mi-janvier, à deux mois des élections municipales. Les collectivités littorales «sont en première ligne face à l’érosion, à la submersion, à la montée des eaux de la mer». Elles sont aussi «en première ligne face à des choix politiques et des choix d’aménagement qui engagent durablement nos territoires».
Les élections municipales, «un moment clé politique»
C’est pourquoi «les élections municipales constituent un moment clé politique : les décisions qui seront prises par les futures équipes municipales auront des impacts directs sur la sécurité des habitants, sur l’attractivité économique des territoires et sur la préservation des écosystèmes sensibles». Et, à l’aube des élections, plutôt que dresser un constat alarmiste, Surfrider s’efforce d’éclairer les acteurs locaux sur les solutions et les pistes et moyens d’action dans les territoires littoraux. «Il y a énormément de bonnes solutions qui existent et sont parfois déjà mises en place», a déclaré Adeline Plé, chargée de plaidoyer local au sein de l’association, avant d’ajouter que «l’océan est un bien commun, cela nous concerne tous et toutes».
Érosion côtière, submersion marine et élévation du niveau de la mer
Les principaux risques auxquels sont confrontées les collectivités littorales sont l’érosion côtière – qui concerne environ 20% du littoral français, et plus particulièrement les côtes sableuses – et la submersion marine, une inondation temporaire du littoral qui se produit sous l’effet de conditions météorologiques et marégraphiques défavorables. Et désormais, il faut prendre en compte «l’impact du changement climatique sur l’élévation du niveau de la mer, qui aggrave les risques d’érosion et de submersion», a expliqué Antoine Deburghgraeve, ingénieur risque côtier au sein du Bureau de recherche géologique et minière (BRGM, l’établissement public français expert du sol et du sous-sol), qui travaille également pour l’Observatoire de la côte de Nouvelle Aquitaine.
La répartition de l’effort financier, une question sensible et souvent bloquante
Les collectivités se dotent de plus en plus de cartes locales permettant d’identifier les vulnérabilités et de s’interroger sur les pistes d’adaptation aux risques. Et avec les projets partenariaux d’aménagement – un contrat entre l’État, l'intercommunalité et les acteurs locaux public et/ou privés –, elles peuvent définir des scénarios d’évolution face au recul du trait de côte. Mais, «malgré le fait qu’on ait globalement tous les éléments pour décider, on voit des arbitrages qui tardent», a relevé Guillaume Dolques, chercheur à l’Institut de l’Économie pour le Climat. (I4CE), spécialisé dans l’adaptation aux impacts du changement climatique. En cause, bien souvent, la question «épineuse» du financement : «Qui doit payer ? Est-ce que ce sont les collectivités littorales ? Est-ce qu’on peut recourir à la solidarité nationale ?».
Préserver à l’identique ou transformer et adapter le territoire ?
Autre question centrale en termes d’aménagement du littoral : faut-il chercher à préserver à l’identique ou plutôt transformer et adapter le territoire ? «Ces choix-là ne sont pas des choix techniques, mais des choix politiques», a poursuivi le chercheur. Et «les échéances municipales sont un très bon cadre, un très bon moment, pour objectiver ces différentes visions politiques, débattre et aboutir à des projets d’adaptation qui sont nécessaires aujourd’hui».
La politique «Notre littoral pour demain» en Normandie
Responsable de la Direction énergie environnement et développement durable de la Région Normandie, Sandrine Mésirard a présenté la stratégie déployée sur ce territoire qui compte plus de 600 kilomètres de côtes avec de nombreuses zones urbanisées et portuaires, «dont certaines sont d’ores et déjà un peu sous le niveau de la mer», a-t-elle relevé.
Dès 2014, la collectivité a mis en place une politique en faveur du littoral, baptisée «Notre littoral pour demain». Elle a créé un Réseau d’observation du littoral – seule, puis avec la région Hauts-de-France – et un GIEC régional, le Groupe interdisciplinaire sur l’évolution du climat en Normandie. Objectif : «faire la synthèse de toutes les connaissances disponibles sur l’impact du changement climatique en Normandie».
La Région a ensuite proposé aux élus locaux «d’être formés, sensibilisés, acculturés sur les impacts du changement climatique en zone littorale», avec des experts et des chercheurs. Une fois ces formations effectuées, «nous avons proposé un accompagnement à la fois technique et financier des collectivités locales, dans l’élaboration de stratégies locales de gestion durable de la bande côtière, pour anticiper les évolutions de ce littoral et repenser l’aménagement des territoires». La région s’est alors dotée d’une «équipe littorale» composée de cinq chargés de projets pour l’accompagnement, notamment technique, des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI).
Résultat : de très nombreuses stratégies locales d’adaptation ont été élaborées. «On en arrive aujourd’hui à une couverture quasi totale de tout le littoral normand», avec des stratégies locales qui «s’appuient sur des données scientifiques» et qui «permettent aux élus locaux de se projeter à moyen et long terme», s’est félicitée Sandrine Mésirard.