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Emmanuel Pilloy, président du Relais, alerte sur la fast-fashion

A l’occasion de la visite de Benoît Hamon, président d’ESS France, sur le site du Relais à Bruay-La-Buissière, son président Emmanuel Pilloy a (re)lancé un cri d’alerte d’une filière confrontée à l’explosion de la fast-fashion et à un système de financement inadapté. Décryptage.


A l’occasion de la visite de Benoît Hamon, président d’ESS France, sur le site du Relais à Bruay-La-Buissière, son président Emmanuel Pilloy s’est montré inquiet pour l’avenir de la filière.
A l’occasion de la visite de Benoît Hamon, président d’ESS France, sur le site du Relais à Bruay-La-Buissière, son président Emmanuel Pilloy s’est montré inquiet pour l’avenir de la filière.

Sur le site historique du Relais, à Bruay-La-Buissière, les entrées et sorties de camions remplis de vêtements est incessant tout au long de la journée ! Un flux en croissance perpétuelle qui reflète plus que jamais l’explosion de produits textiles mis sur le marché français : 650 000 tonnes en 2019, contre 850 000 tonnes en 2024 ; et sur l’ensemble, seuls 290 000 tonnes sont collectées par les acteurs du tri, dont 120 000 par Le Relais. « Près d’un tiers provient de plateformes d’ultra-fast-fashion comme Shein ou Temu » assure Emmanuel Pilloy. « Nous faisons face à une vague continue de vêtements de très faible qualité, qui rend notre travail de plus en plus complexe et coûteux ».  

Le problème est économique mais aussi et surtout structurel puisqu’une très grande majorité de ces vêtements est composée de matières synthétiques, notamment du polyester, sans filière de recyclage en France. Les textiles repartent donc en Asie pour être traités, « à nos frais » déplore-t-il. « On nous demande de gérer les conséquences d’un modèle économique qui produit toujours plus, sans se soucier de la fin de vie des produits ».

Une réforme profonde du modèle économique afin que les contributions environnementales soient réellement orientées vers la collecte, le tri et le recyclage en France, telles sont les attentes exprimées par de Benoît Hamon et Emmanuel Pilloy.

REP et Refashion, un système à bout de souffle

Au cœur des tensions se trouve le mécanisme de Responsabilité Elargie du Producteur (REP), instauré en 2007 pour financer la gestion des déchets textiles. Chaque article vendu supporte une éco-contribution d’environ quatre centimes qui a généré près de 140 millions d’euros pour l’éco-organisme Refashion en 2024. Pourtant, selon Emmanuel Pilloy, seuls 29 % de ces fonds sont redistribués aux acteurs du tri et du recyclage. « Nous ne demandons pas des aides, mais le juste prix de notre travail. Aujourd’hui, notre survie est en jeu ! »

Après la mobilisation des acteurs de la filière l’été dernier, la somme versée par tonne triée est passée de 156 euros à 228 euros. « Elle reste très insuffisante face aux coûts croissants liés à l’énergie, à la logistique et à la dégradation des marchés d’export. L’objectif affiché est clair : atteindre 350 € par tonne pour garantir notre survie ». Une revendication forte, avec en toile de fond la pérennité de la filière, soutenue par Benoit Hamon à l’occasion de son déplacement dans le Pas-de-Calais. « Le génie de ces entreprises de l’ESS, c’est de réparer les défauts d’un modèle prédateur des équilibres sociaux et économiques… elles accomplissent une mission d’intérêt général qui mérite davantage de reconnaissance et de moyens ! »

Si 850 000 tonnes de vêtements ont été vendus sur le marché Français en 2024, seuls 290 000 tonnes ont noté collectées par les acteurs du tri dont 120 000 par Le Relais.


Le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefevre, a d’ailleurs demandé à l’ADEME de fixer un nouveau barème. En parallèle, Le Relais par la voix de son président plaide pour un malus spécifique sur l’ultra-fast-fashion afin que les produits les plus polluants contribuent davantage.

Une réforme profonde du modèle économique !

Et Benoît Hamon d’ajouter : « Ce que vous faites ici relève du génie industriel et social ! Vous transformez des déchets en ressources et vous redonnez une place à des milliers de salariés, vos métiers réparent les dégâts sociaux et écologiques d’un système qui produit toujours plus sans se soucier de ses impacts ». A ses yeux, l’avenir de la filière ne peut donc passer que par une réforme profonde du modèle économique afin que les contributions environnementales soient réellement orientées vers la collecte, le tri et le recyclage en France.


Métisse, l’isolant issu du coton recyclé

Chaque année, Le Relais produit 2 000 tonnes d’isolant thermique et acoustique en coton recyclé dans son usine de Billy-Berclau, la matière première provenant des jeans et velours collectés puis triés (7 % des vêtements sont revendus dans les boutiques Ding Fring, 40 % exportés et 53 % recyclés). Après un processus d’effilochage automatisé qui sépare les fibres et retire boutons et fermetures, la matière est traitée contre le feu puis transformée en panneaux, rouleaux ou vrac à souffler sous la marque Métisse. Un isolant recyclable et durable qui offre « un déphasage thermique comparable à la laine de bois, pour un coût proche de la laine de verre » confiait Stéphane Bailly, référent technique national Le Relais.