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Emplois verts : la transition écologique redessine le marché cadre

   La transition écologique s’invite désormais au cœur des stratégies de recrutement et transforme le marché de l’emploi cadre. Derrière l’expression « emplois verts », ce sont des besoins en compétences, des arbitrages organisationnels et des dynamiques territoriales qui s’imposent progressivement aux directions RH et aux dirigeants.

© Adobe stock.

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   Longtemps cantonnés à des niches techniques, les métiers verts gagnent en visibilité dans l’emploi cadre. Une étude de l’Apec met en lumière un marché encore limité en volume, mais structuré, porté par des secteurs moteurs et des profils très qualifiés. Qu’entend-on précisément par métiers verts ? Selon la définition retenue par l’Association pour l’emploi des cadres, il s’agit de métiers à finalité environnementale qui mobilisent des compétences techniques destinées à mesurer, prévenir ou corriger les impacts négatifs des activités humaines sur l’environnement.

2,9 % des offres en 2024

En volume, le marché cadre des métiers verts reste encore modeste. Les données issues des enquêtes emploi de l’Insee font état de 73 000 cadres du secteur privé exerçant un métier vert. Toutefois, la dynamique est bien réelle. En 2024, 13 710 offres d’emploi cadre liées à ces métiers ont été publiées sur le site de l’Apec, représentant 2,9 % de l’ensemble des offres, contre seulement 1,8 % en 2019. Une progression significative qui traduit l’ancrage progressif des enjeux environnementaux dans les besoins opérationnels des entreprises.

Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte plus large : 72 % des cadres et 66 % des entreprises identifient désormais la transition écologique et énergétique comme l’un des chocs majeurs appelés à redéfinir l’avenir du travail. Pour les fonctions RH, cela se traduit par l’émergence de nouvelles exigences en matière de compétences, mais aussi par une recomposition des filières de recrutement. Pour l’Apec, cette dynamique dépasse largement la seule question des recrutements. Comme le souligne Hélène Garner, directrice des données et études de l’association, « l’essor des métiers verts illustre la manière dont la transition écologique et énergétique transforme en profondeur le monde du travail : les organisations repensent leurs priorités, les compétences évoluent, et de nouveaux champs professionnels émergent ».

De la gestion des risques environnementaux au traitement des déchets

Les métiers verts cadres se concentrent aujourd’hui autour de quatre grands domaines d’activité. La gestion des risques environnementaux arrive en tête, avec 6 060 offres recensées, suivie du secteur énergie-eau, qui totalise 5 520 offres. L’environnement et l’agronomie, ainsi que la dépollution et le traitement des déchets, complètent le paysage, avec, respectivement, 1 170 et 960 offres.

Cette structuration sectorielle reflète les priorités actuelles des politiques publiques comme des stratégies industrielles : prévention des risques, transition énergétique, gestion des ressources et réhabilitation des sites. Sur le plan géographique, l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes concentrent 40 % des offres d’emploi cadre liées aux métiers verts (respectivement, 25 % et 15 %). Mais certaines régions se distinguent surtout par la place relative de ces métiers dans leur tissu économique. La Normandie affiche ainsi 3,9 % d’offres cadres relevant des métiers verts, portée par des investissements importants dans la dépollution, la réhabilitation de friches industrielles et les énergies renouvelables. Le Grand Est suit de près, avec 3,5 % des offres, soutenu par plusieurs projets dans le champ des énergies nouvelles. Les DROM-COM présentent également une proportion élevée d’offres cadres vertes, en lien avec leurs enjeux environnementaux spécifiques.

Profil-type : homme de 34 ans, bac+5

Du côté des entreprises recruteuses, les acteurs de l’ingénierie et de la R&D occupent une position centrale. Plus de quatre offres sur 10 émanent des secteurs de l’architecture, de l’ingénierie, du contrôle et des analyses techniques. L’industrie représente 18 % des recrutements et la construction 12 %, confirmant le rôle structurant des compétences techniques dans la transition écologique.

Les profils attirés par ces métiers présentent des caractéristiques bien identifiées. Les candidats sont en moyenne plus jeunes, avec un âge moyen de 34 ans, soit un an de moins que l’ensemble des candidats cadres. Le marché reste majoritairement masculin : seules 35 % des candidatures proviennent de femmes, une proportion équivalente à celle observée sur le marché cadre global, mais avec de fortes disparités selon les domaines. Les femmes sont davantage présentes dans la gestion des risques environnementaux, l’environnement-agronomie et la dépollution, où elles représentent 42 % des candidatures, contre seulement 25 % dans l’énergie. Le niveau de qualification constitue un autre marqueur fort de ces métiers : 87 % des candidats possèdent un diplôme de niveau bac + 5 ou plus, contre 79 % pour l’ensemble des cadres. Cette exigence est encore plus marquée dans l’environnement et l’agronomie, où 97 % des candidats sont diplômés à ce niveau. Les écoles d’ingénieurs occupent une place centrale : 42 % des candidats aux métiers verts en sont issus, illustrant l’importance des compétences scientifiques et techniques pour accompagner les transformations en cours.

Charlotte DE SAINTIGNON