Portrait

Eu : Jean-Pierre Menuge ou la passion du clavecin

Tombé amoureux de cet instrument dans l’adolescence, Jean-Pierre Menuge s’est lancé en autodidacte dans la réalisation de copies. Cela fait vingt ans qu’il ouvre son atelier lors des Journées européennes des métiers d’art. 



«Journées européennes des métiers d’art», il y a déjà quelques jours que Jean-Pierre Menuge a installé un panonceau annonçant l’évènement sur la fenêtre du 18 boulevard Victor-Hugo à Eu. Sur réservation au 06 30 49 44 29, son atelier sera à découvrir le samedi 11 et le dimanche 12 avril de 10 heures à 18 heures.

Il n’existe pas de formation 

Cela fait vingt ans qu’il ouvre son atelier au grand public durant deux jours : «Les visiteurs trouvent que c’est un peu magique, confie t-il. Ils sont étonnés. Je vois l’émerveillement dans leurs yeux. Ils sont toujours intéressés et intéressants. Dans ce monde compliqué, il est important de rêver. La musique est un message d’espoir».

Il faut descendre un escalier pour découvrir son douzième clavecin en cours de réalisation dans un vaste atelier lumineux, jouxtant la pièce où sont stockées les matières premières, comme le bois qui sèche tout doucement, et les machines. C’est la copie d’un instrument flamand de 1638 : «Au début, comme vous pouvez l’observer, c’est juste une boite en bois. Pour ce clavecin, j’ai choisi du tilleul issu de la forêt d’Eu», explique ce parisien arrivé à Eu en 1979. 

Cet ancien conseiller d’orientation également flutiste de métier, âgé de 72 ans, est tombé amoureux de la musique baroque et de cet instrument de 52 cordes pincées à l’adolescence, lors de la visite du musée instrumental de la ville de Paris : «J’aime sa sonorité cristalline, confie Jean-Pierre Menuge. C’est un instrument qui remonte aux XVIIème et XVIIIème siècles. Il a un langage propre à cette époque là, très rhétorique. Il raconte des histoires, fait naitre des émotions…».

Une salle d’exposition chez lui

Par la suite, à partir de l’âge de 17 ans, avec l’aide de son père, il a réalisé en autodidacte sa première copie de clavecin. Aucune formation n’existant, il a pu se reposer sur les précieux conseils de restaurateurs du musée instrumental mais aussi de facteurs de clavecins en activité. Plutôt que de créer, il s’est lancé dans la réalisation de copies de clavecins et d’épinettes, sortes de clavecins miniatures. 

Ce travail, il le compare avec celui d’un archéologue ou d’un restaurateur de château. Il leur consacre environ 1 000 heures de travail, en très grande majorité réalisées à la main. Son autre particularité est d’avoir conservé chacun d’entre eux. 

Pour lui, chaque pièce a une valeur inestimable. Il lui a donc fallu aménager une salle d’exposition dans son jardin. Le grand public peut les écouter notamment lors de concerts durant lesquels il joue de la flûte à bec. Il aime aussi répondre à des animations auprès des plus jeunes comme des élèves de collèges ou de lycées. 

On ne peut que rester en admiration devant, par exemple, la copie d’un clavecin de 1691 d’après Vincent Tibaud et dont seuls trois instruments ont traversé le temps. Il s’est lui même chargé de la marqueterie avec une certaine maestria : «Peu d’instruments connus sont marquetés. Tibaud utilisait avec une grande virtuosité le noyer et les incrustations de sycomore. Cet instrument offre un son généreux crémeux», précise t-il.