Ne pas se décourager. Le 4 mars, à Paris, lors d'une conférence de presse, ViveS Media (groupe Bayard) dévoilait les résultats de la cinquième édition de son baromètre sur «Les femmes et l'argent», réalisé avec Viavoice. Les résultats dessinent une relation difficile qui commence à influer sur le salaire avant même le début de la vie professionnelle.
Au moment clé, celui de l'entrée dans le monde du travail (entre 25 et 34 ans), 28% seulement des femmes ont une idée précise des salaires auxquels s'attendre dans la profession qu'elles ont choisie, contre 39% des hommes. En outre, «on constate une différence fondamentale au moment du choix du métier», explique Valérie Lion, rédactrice en chef de ViveS Media. La passion pour l'activité est placée en tête de liste des motivations du choix par tous, mais ensuite, les priorités divergent. La rémunération figure en deuxième place chez les hommes (31% d'entre eux), et en quatrième chez les femmes (22%), après l'équilibre vie privée/vie professionnelle et les opportunités.
Les étapes successives de toute carrière vont renforcer cette dissociation déjà forte des trajectoires. «Les femmes sont moins à l'aise que les hommes dans les situations professionnelles clés pour rectifier des trajectoires qui sont peut-être mal parties au départ, si on a choisi un emploi ou une carrière moins rémunératrice», constate Valérie Lion.
Par exemple, 53% des hommes se déclarent à l'aise pour obtenir une promotion, contre 41% des femmes. Et s'il s'agit de demander une augmentation salariale, l'écart se creuse encore : 49% des hommes assument, contre 29% des femmes. Pire, «la situation se détériore au fil du temps. Depuis cinq ans, hommes et femmes sont tous deux moins à l'aise dans ces situations, mais l'écart s'est aussi creusé», complète Valérie Lion.
Le contexte économique difficile pourrait expliquer la tendance globale enregistrée par le baromètre. Mais pourquoi l'écart continue-t-il à se creuser entre hommes et femmes ? «On peut avancer une hypothèse : on parle de plus en plus de cette question de la différence des salaires, de la nécessité de négocier... , mais cela ne veut pas dire que l'on outille davantage les femmes pour le faire», analyse Valérie Lion qui constate qu'aucune formation sur la négociation salariale n'est dispensée dans les écoles – y compris de management- ou dans les universités...
L'étude constate par ailleurs que 59% des femmes parlent d'argent avec leurs collègues, contre 69% des hommes, accédant donc moins à une information utile lors des négociations. A ce titre, la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale en droit français cette année constitue une «lueur d'espoir»...
Cercle vicieux
Au delà de la sphère professionnelle, «les femmes sont très assidues dans le suivi de leurs finances ; elles savent gérer leur argent», poursuit Valérie Lion : 76% d'entre elles font le point une fois par mois, contre 71% des hommes.
Autre constat, hommes et femmes contribuent de manière comparable à la tendance nationale, fortement épargnante : 78% des hommes déclarent épargner à titre personnel ou familial, contre 73% des femmes. Pour l'essentiel, leurs motivations sont communes : la future dépendance, la retraite. La différence réside dans la relation au risque : 20% des hommes acceptent une part de prise de risque en capital en échange d'un rendement potentiellement plus élevé, contre 11% des femmes. «Cela crée un écart décisif dans la construction du patrimoine futur», note Valérie Lion. Dans le même sens, les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes à investir en bourse. Et ils sont 22% à disposer d'un PEA contre 11% des femmes... Faut-il y voir une aversion spécifiquement féminine au risque ou la conséquence de niveaux de salaires plus bas ? Les femmes disposant d'une épargne moindre, la part qu'elles peuvent consacrer à des investissements risqués se réduit...
Ces logiques patrimoniales pèsent lourd dans la préparation de la retraite. Le sujet est d'autant plus crucial pour les femmes qu'elles vivent plus longtemps. Or, elles sont plus nombreuses (60%) que les hommes ( 52%) à déclarer ne pas connaître son futur montant. Et plus nombreuses, aussi (69% contre 47%), à redouter que ce montant ne suffisent pas à couvrir leurs besoins. Comment compenser un éventuel écart de revenus à la retraite ? 47% des femmes envisagent de continuer une activité, contre 32% des hommes. En revanche, elles ne sont que 30% à vouloir puiser dans leur épargne, contre, logiquement, 37% des hommes qui bénéficient d'une épargne plus conséquente...