Hauts-de-France : quand les embouteillages freinent l’économie
À quelques mois des élections municipales, les acteurs économiques de la région ont mis la mobilité au cœur du débat, lors d’une conférence qui se déroulait ce 16 janvier à Lille.
«Dans la région, les embouteillages sont de plus en plus nombreux. Les entreprises nous alertent régulièrement sur cette situation devenue très compliquée. Il est temps d’agir», a déclaré Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France, ce 16 janvier à Lille. À l’approche des élections municipales, les acteurs économiques de la région ont abordé la question des déplacements lors d’une conférence de presse intitulée «Réinventons les mobilités dans l’aire métropolitaine de Lille et les Hauts-de-France». Cinq ans après un premier rapport consacré au sujet, le constat reste le même : routes saturées, trajets rallongés et difficultés à se déplacer freinent l’activité économique et la vie quotidienne dans la région.
Une congestion devenue structurelle
Les embouteillages font désormais partie du quotidien. Autour de Lille, et en particulier sur l’autoroute A1, jusqu’à 200 000 véhicules circulent chaque jour, un niveau très élevé pour une métropole de cette taille. Sur certains tronçons, les camions sont nombreux, même en dehors des heures de pointe. Conséquence directe : les ralentissements commencent tôt le matin, durent toute la journée et se prolongent en soirée.
Dans les Hauts-de-France, près de 70 % des trajets domicile-travail se font encore en voiture individuelle. Sur des axes comme Lille–Arras, Béthune–Lille ou Douai–Valenciennes, plus de huit automobilistes sur dix roulent seuls. Le covoiturage régulier reste très limité, ne représentant que 1 à 2 % des déplacements. Résultat : les bouchons touchent aussi les routes secondaires et les entrées de ville.
Des impacts directs sur les entreprises et l’emploi
Cette situation pèse sur l’économie régionale. Les entreprises doivent composer avec des retards de livraison, une désorganisation des chaînes logistiques, et des surcoûts de transport. Les temps de trajet allongés compliquent également le recrutement et la fidélisation des salariés. «En zone rurale, seuls 5 % des salariés peuvent utiliser les transports en commun. Tous les autres sont obligés de se déplacer en voiture», a souligné Philippe Lorban, président du Medef Hauts-de-France.
Dirigeant de Lorban TP, Philippe Lorban a également alerté sur le coût croissant de la mobilité pour les entreprises. Faute d’alternatives de transport, il a dû mettre en place des solutions internes pour ses salariés, comme un système de ramassage, représentant entre 300 000 et 400 000 euros par an. À cela s’ajoutent des investissements dans les infrastructures, notamment l’agrandissement des parkings, l’achat de vélos électriques comme alternative à la voiture.
Massifier les solutions qui fonctionnent déjà
«Nous devons travailler l’accessibilité à la ville et surtout l’inter-territorialité. Il faut sortir d’une logique en étoile et penser les mobilités en toile», a insisté Jean-Pierre Letartre, président de Grands la Communauté, réseau de laboratoires d'idées territoriaux. Depuis 2020, plusieurs initiatives ont montré des résultats prometteurs. Les voies réservées au covoiturage, expérimentées sur certains tronçons autoroutiers de la région, ont fait passer le taux de covoiturage de 18 à 20 % et ont généré un gain de temps de plusieurs minutes par trajet.
De même, le dispositif d’écobonus, mis en place par la Métropole Européenne de Lille (MEL), encourage les automobilistes à décaler leurs horaires de départ et de retour, étalant les flux de circulation et réduisant les pics de congestion. Ces mesures, bien qu’efficaces, restent encore trop limitées en termes de couverture et d’impact global sur la mobilité régionale estiment les participants à la conférence. «On ne dit pas que rien n’a été fait, mais il faut massifier ce qui a été bien fait et construire une stratégie collective», souligne Laurent Depoorter, président de la CPME Hauts-de-France. Pour les acteurs économiques, il est désormais essentiel de passer à l’échelle supérieure : accélérer les projets d’infrastructures, repenser les modèles de financement et mettre en place une gouvernance intégrée des mobilités. L’objectif est de coordonner les solutions existantes et à venir afin de rendre les déplacements plus fluides, plus sûrs et plus accessibles.
Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic