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Japon: le nombre de visiteurs chinois plonge à nouveau en février malgré le Nouvel An lunaire

Le nombre de touristes chinois au Japon a dégringolé de 45% sur un an en février en dépit des congés du Nouvel an lunaire, selon des chiffres officiels publiés mercredi, sur fond de vives tensions entre Tokyo et...
Un groupe de touristes chinois à Tokyo, le 17 novembre 2025 © GREG BAKER

Un groupe de touristes chinois à Tokyo, le 17 novembre 2025 © GREG BAKER

Le nombre de touristes chinois au Japon a dégringolé de 45% sur un an en février en dépit des congés du Nouvel an lunaire, selon des chiffres officiels publiés mercredi, sur fond de vives tensions entre Tokyo et Pékin qui les amènent à privilégier d'autres destinations.

Cela n'a pas empêché le Japon d'accueillir des nombres record de visiteurs venus de 18 autres pays (Corée du Sud, Taïwan, France, Etats-Unis...).

L'archipel a accueilli le mois dernier 396.400 visiteurs de Chine continentale, selon l'Agence japonaise du tourisme, en baisse de 45,2% sur un an, malgré le Nouvel an lunaire tombé cette année en février (contre janvier en 2025), une période où de nombreux Chinois voyagent à l'étranger.

Sur les mois combinés de janvier et février, le plongeon est de 54% en glissement annuel.

Les chiffres reflètent la détérioration des relations des deux puissances depuis que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a suggéré en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement si la Chine attaquait Taïwan, île dont Pékin revendique la souveraineté.

Ces déclarations ont provoqué la colère de Pékin, qui a déconseillé à ses ressortissants de se rendre au Japon en raison de "risques importants" pour leur sécurité.

De quoi alarmer le secteur du tourisme, la Chine étant l'an dernier la première source de visiteurs étrangers au Japon.

"Alors que de nombreuses destinations touristiques prisées en Asie semblent avoir enregistré un afflux massif de touristes chinois, leur nombre au Japon est resté atone en raison des tensions politiques persistantes", notaient récemment les experts du cabinet Oxford Economics.

Le climat politique les a incités à choisir d'autres pays: le nombre de visiteurs chinois en Thaïlande a augmenté de 4,24% en janvier-février par rapport à la même période l'an dernier, avec un bond de 82% en février.

Et en janvier (derniers chiffres en date), la Corée du Sud a connu un bond d'environ 15% sur un an du nombre de voyageurs chinois, à 418.700 personnes.

"Pour la Corée, l'amélioration des relations politiques, l'instauration d'un régime d'exemption de visa pour les groupes et la faiblesse du won ont constitué de puissants facteurs d'attraction. Et les efforts déployés par Bangkok pour promouvoir le tourisme semblent porter leurs fruits" après des craintes sécuritaires en 2025, note Oxford Economics.

Alors que la saison des cerisiers en fleurs battra son plein au Japon vers fin mars/début avril, le retour des touristes chinois reste incertain.

Contacté par l'AFP, un hôtel de la baie de Tokyo a indiqué que le nombre de clients chinois "a été divisé par deux depuis novembre", une tendance prévue aussi en mars et en avril, même si d'autres hôtels assurent ne pas enregistrer d'impact significatif.

-Records de visiteurs-

En dépit du recul des voyageurs chinois, l'archipel a enregistré en février une hausse de 6,4% sur un an pour l'ensemble des visiteurs, toutes origines confondues, à 3,47 millions de personnes.

La Chine est désormais supplantée par la Corée du Sud comme première origine de visiteurs: le nombre de voyageurs sud-coréens en février a bondi de 28,2% pour atteindre 1,09 million, et celui des Taïwanais a bondi de 36,7% pour s'établir à 693.600, dans les deux cas des niveaux historiques. 

Les touristes occidentaux restent aussi séduits: le nombre de visiteurs venus de France s'est envolé de 15,4% sur un an, à 30.600 personnes. Le nombre des voyageurs allemands a grimpé de 17,5% et celui des Américains de 14,7%. Au total, 18 pays -dont ces trois là- ont même battu des records de visiteurs.

Au-delà de l'attractivité du pays via la culture, la nourriture et les paysages, dont le mont Fuji, cette affluence s'explique aussi par l'affaiblissement du yen, qui rendent la destination meilleur marché.

Le Japon a accueilli l'an dernier un nouveau nombre record de visiteurs étrangers, pour la première fois supérieur à 40 millions.

Le gouvernement japonais s'est fixé un objectif ambitieux: atteindre 60 millions de touristes étrangers par an d'ici 2030, soit un doublement en moins d'une décennie.

Au risque d'attiser dans les sites les plus fréquentés de l'archipel le "surtourisme" et d'alimenter les critiques des résidents, notamment dans l'ex-capitale impériale Kyoto, qui a relevé sa taxe de séjour pour tenter d'endiguer le phénomène.