Décryptage

Une «autoroute» de transport du CO2 depuis le port de Dunkerque en projet

Les entreprises Natran (ex GRT gaz) et Equinor portent un gros projet d’implantation d’un hub de transport et de stockage du CO2 en mer du Nord depuis le port de Dunkerque. Celui-ci fait actuellement l’objet d’une concertation préalable et a été présenté en commission «Nouveaux projets» lors de la dernière réunion du Secrétariat Permanent pour la Prévention des Pollutions Industrielles (SPPPI) à Dunkerque.

©Dunkerque Port

©Dunkerque Port

Les projets de décarbonation industrielle se multiplient dans l’agglomération dunkerquoise, territoire le plus émetteur de CO2 industriel en France. Après le sidérurgiste ArcelorMittal, c’est le producteur d’aluminium primaire Aluminium Dunkerque qui s’y est attaqué, suivi par le groupe pharmaceutique AstraZenaca et le chocolatier Cémoi. Cependant, si les changements de process peuvent drastiquement faire baisser les émissions, ceux-ci ne pourront jamais éliminer la totalité du CO2 émis. Sans compter la difficulté de décarboner certains process.

C’est ici qu’interviennent le français Natran (ex GRT Gaz, opérateur principal du transport de gaz à haute pression en France) et le norvégien Equinor, unis autour d’un ambitieux projet de stockage et de transport du CO2 résiduel en mer du Nord depuis le port de Dunkerque. Ce serait une première en France. Celui-ci se divise en deux parties : d’abord un ensemble comprenant une infrastructure de stockage et de transport de CO2 (30 km de canalisation à terre), une station de compression et une vanne d’atterrage. Répondant au nom de DK Harbo, cette partie est portée par Natran. Le projet prévoit ensuite la connexion de cet ensemble à un carboduc d’environ 1 150 km qui va relier l’Europe continentale à la mer de Norvège, en vue de l’enfouissement du CO2 dans des fosses sous-marines en mer du Nord. Appelé «CO2 Highway Europe», ce carboduc sera construit par Equinor, un groupe d’énergie pétrolière et éolienne norvégien qui emploie 29 000 personnes.

Un investissement de 1,1 milliard d'euros

Ce projet fait actuellement l’objet d’une concertation préalable portée par la CNDP (Commission nationale du débat public). Soutenu par l’Etat, il a reçu une subvention dans le cadre des ZIBAC (Zone Bas Carbone) dont le territoire dunkerquois est lauréat. L’investissement, pour la seule partie française, est très conséquent puisqu’il est actuellement estimé à 1,1 milliard d’euros, réparti entre DK Harbo (300 millions d’euros) et CO2 Highway Europe (800 millions d’euros).

Infrastructure de transport de CO2 à grande échelle, elle intéresse déjà localement ArcelorMittal et Aluminium Dunkerque. Elle a effectivement vocation à être connectée à plusieurs émetteurs. Les deux entreprises associées avancent le chiffre de 4 millions de tonnes de CO2 collectées par an à l’horizon 2030/2032 avec des perspectives de 12 à 20 millions en 2040, en fonction de l’étendue de la zone de collectage qui pourrait aller jusqu’en Belgique. «Rien que dans le Dunkerquois, nous avons évalué à 10 millions de tonnes annuelles le gisement potentiel de CO2. Si nous étendons nos activités vers le Havre à l’ouest et Nancy à l’est depuis Dunkerque, le gisement monte à 17 millions. Ce chiffre, très important, est essentiel pour nous car la massification est la clé de notre compétitivité», résument les deux entreprises.