En bref

L'essor des cafés céramique en France, un retour vers le "fait main"

On vient s'y déconnecter du quotidien et des écrans, en peignant un vase ou une assiette autour d'un latte machiatto: surfant sur l'engouement pour le "fait main", les...
Une ardoise "Bienvenue au Café Céramique" lors d'un atelier dans un Café céramique à Strasbourg, le 21 avril 2026dans le Bas-Rhin © SEBASTIEN BOZON

Une ardoise "Bienvenue au Café Céramique" lors d'un atelier dans un Café céramique à Strasbourg, le 21 avril 2026dans le Bas-Rhin © SEBASTIEN BOZON

On vient s'y déconnecter du quotidien et des écrans, en peignant un vase ou une assiette autour d'un latte machiatto: surfant sur l'engouement pour le "fait main", les "cafés céramique" fleurissent partout en France.

"Au travail, je passe ma journée devant un écran. Ici je pose mon téléphone pendant deux heures", résume Marilou, 35 ans, affairée à décorer avec minutie le repose-cuiller sur lequel elle a jeté son dévolu dans l'un des quatre établissements spécialisés que compte Strasbourg. Un cinquième est attendu dans les prochains mois. 

Ces lieux hybrides, entre atelier créatif et salon de thé, ont le vent en poupe. On en compte une dizaine à Paris, cinq à Bordeaux et à Lyon, quatre à Nantes et Marseille, trois à Rennes. Mais aussi un grand nombre dans d'autres grandes villes en Europe, comme Londres, Berlin ou Bruxelles. 

Autour de Marilou, qui n'en est pas à sa première expérience, les clients ont les yeux rivés sur leurs tasses, assiettes et autres vases.

Entre les vieux tableaux accrochés aux murs, les grandes commodes en bois et l'odeur de café, l'ambiance se veut chaleureuse et conviviale. 

Les décorateurs amateurs, essentiellement des femmes, doivent réserver l'un des 17 créneaux hebdomadaires proposés avec 30 places disponibles pour chacun. 

Ils choisissent d'abord une pièce (presse-citron, coupelle, plat, porte-savon...). Après quelques explications et le choix des couleurs, il est temps de passer à la peinture sur céramique, accompagnée d'une boisson ou d'un en-cas. 

Les clients viendront récupérer leur création quelques semaines plus tard, une fois celle-ci séchée, émaillée et cuite. 

Le prix est fonction de la pièce choisie au départ. Le repose-cuiller de Marilou lui coûtera 30 euros, un petit vase 20, une carafe 48. En comptant la boisson et le grignotage, la dépense moyenne est d'une quarantaine d'euros par session.

Dopé par les réseaux sociaux

Au-delà de l'effet de mode, ces cafés, dont la fréquentation est "dopée par les réseaux sociaux", bénéficient d'un engouement plus large pour les activités manuelles et le "faire soi-même", analyse Ronan Chastellier, sociologue des tendances. "Créer est une activité gratifiante. Dans une société où tout est intermédié, réussir à faire quelque chose de concret peut apporter beaucoup", considère le spécialiste, pour qui "tout ce qui permet de réunifier les gens est bienvenu".

Selon les gérants interrogés, cette pratique manuelle répond aussi à un besoin de déconnexion.

"C'est un moment hors du temps, on est dans une bulle, on est trop occupé à avoir les mains prises", résume Chloé Marot, une "passionnée de céramique" qui a ouvert son établissement à Rennes à l'été 2024. 

Dans la boutique, "il n'y a personne sur son téléphone", constate Ismail Seftali, qui a ouvert un autre café céramique en 2025, à Strasbourg. 

Peindre sur céramique requiert une telle concentration que cela "permet d'oublier son quotidien et ça fait un bien fou", assure Carine Wohlhuter, cogérante d'un autre café-céramique strasbourgeois, et qui projette d'ouvrir plusieurs boutiques d'ici à la fin de l'année ailleurs en Alsace.

Face à cet engouement, la concurrence s'intensifie, "il y a tellement d'ouvertures que ça peut faire peur", et il faut donc "fidéliser la clientèle pour qu'elle revienne chez nous", confie Eugénie Dias Machado à Strasbourg qui, avec sa mère Régine Urban, céramiste et potière, a lancé l'établissement pionnier du genre à Strasbourg. 

Pour l'heure, sa boutique, qui emploie une quinzaine de salariés, affiche souvent complet le week-end, et la gérante reste optimiste: "Je pense que le concept marchera toujours".