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L'événementiel d'entreprise menacé ?

Plus de 20% des entreprises prévoient de rogner sur leurs budgets consacrés aux séminaires et cocktails en 2026, selon les professionnels de l'événementiel d'entreprise. Leur étude montre aussi que l'écoresponsabilité gagne -un peu- de terrain dans ces pratiques.


De gauche à droite, Perrine Edelman. Directrice associée Coach Omnium  Yanisse Belarbi, directrice générale d'IME, Ideal Meetings & Events  Said Ait Braham, représentant de 1001 salles Pro

De gauche à droite, Perrine Edelman. Directrice associée Coach Omnium Yanisse Belarbi, directrice générale d'IME, Ideal Meetings & Events Said Ait Braham, représentant de 1001 salles Pro

Pour l'instant, l'impact de la guerre au Moyen-Orient ne se fait pas trop sentir mais le fond de l'air est frais. « Lorsqu'il y a des arbitrages en interne, les budgets événementiels sont souvent les premiers que l'on coupe », note Yanisse Belarbi, directrice générale d'IME, Ideal Meetings & Events, organisateur de séminaires et événements d’entreprise. Le 23 mars, à Paris, elle présentait la 33 ème étude annuelle consacrée à l'évolution de la demande en matière de tourisme d'affaires et MICE ( Meetings, incentives, conventions, Events), réalisée par Coach Omnium, société d'études et de conseil spécialisée dans le tourisme et l'hôtellerie. Au global, « les tendances sont pessimistes, avec des réductions de budget et une diminution de la durée des manifestations(…). On observe une contraction du marché », résume Yanisse Belarbi.

 Pour 2026, 47% des entreprises qui y ont recours prévoient une stabilité dans les événements qu'elles comptent organiser ; 17% d'entre elles une hausse et 21% une baisse, 15% « ne sait pas ». Cette tendance morose poursuit celle déjà engagée en 2025 : l'an dernier, 66% des entreprises ont diminué leurs budgets consacrés au MICE, contre 9% seulement qui les ont augmentés. Avec les séminaires, les journées d'études sont en tête du type d’événements organisés (85% des réponses), en forte croissance par rapport à 2024 ( 70%). Suivent les afterworks (71%) et les « incentives », « team building » (59 %).

Autre constat qui confirme la morosité de la tendance, 86% de ces événements intègrent des activités périphériques, qu'elles soient ludiques, ou culturelles, contre 92% en 2024. Mais surtout, le nombre d'événements organisés en interne a bondi. En 2025, huit entreprises sur 10 ont opté pour leurs propres locaux pour y tenir un événement, contre une sur deux seulement en 2024. Toutefois, la tendance n'est pas exclusivement liée à une recherche d'économies. Elle s'est accélérée depuis le Covid.

Au plus près, et en train

D'autres pans de l'organisation de ces événements évoluent, dans le sens d'une plus grande écoresponsabilité. En particulier, Yanisse Belarbi note une « volonté de réduire la distance entre les sièges des entreprises et le lieu de l'événement (…). La majeure partie des ces derniers se déroulent en France ». Tendance forte, le nombre d’entreprises qui choisissent l'étranger diminue sensiblement ( 22% en 2025, contre 27% en 2024). Lorsqu'elles le font, dans neuf cas sur 10, la destination est européenne et dans un pays limitrophe : Espagne (45%), Allemagne ( 26%) , Italie ( 26%) , Benelux... « Les événements qui se déroulent à l’étranger sont plutôt des événements ‘récompense’. La plupart d'entre eux se déroulent sur plusieurs jours, et ils incluent de l'hébergement », note Yanisse Belarbi.

En matière de choix du mode de transport « il y a une vraie rupture par rapport à l'an dernier », poursuit Yanisse Belarbi. Pour la France, 86 % des entreprises privilégient le train (contre 67%, en 2024). Pour l'Europe, c'est 46 % (10% en 2024). « Le train devient un lieu où l'événement commence. C'est une tendance très récente », pointe-t-elle. L'étude mentionne des chiffres de la SNCF : + 70 % des privatisations de voiture en 2023-2024, dans le cadre d'une offre « événementiel » qui se développe.

Au delà du choix des transports, l'écoresponsabilité est une « pratique établie » dans l'événementiel, selon la responsable. Des étapes restent néanmoins à franchir avant la généralisation : 35% seulement des entreprises incluent systématiquement des critères RSE dans leur cahier des charges et 8% réalisent systématiquement un bilan carbone de l'événement. Près des deux tiers accordent une préférence aux prestataires qui arborent un label (clef verte, Ecolabel Européen....) « dans la mesure du possible ». Et le critère éco-responsable arrive en 7e position dans les critères de choix. Le trio de tête reste immuable : localisation, budget, capacité du lieu.