En bref

Prison de Villepinte sous la canicule: à trois par cellule, "c'est inhumain"

Ici une serviette humide suspendue à la fenêtre grillagée, là un ventilateur qui brasse l'air chaud et moite: vivre en temps de canicule dans les neuf mètres carrés des cellules surpeuplées de la prison...
Des barbelés au-dessus d'un mur de la prison de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, le 15 avril 2026 © JULIEN DE ROSA

Des barbelés au-dessus d'un mur de la prison de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, le 15 avril 2026 © JULIEN DE ROSA

Ici une serviette humide suspendue à la fenêtre grillagée, là un ventilateur qui brasse l'air chaud et moite: vivre en temps de canicule dans les neuf mètres carrés des cellules surpeuplées de la prison de Villepinte, "c'est inhumain", dénoncent les détenus.

La députée Clémentine Autain a constaté ce quotidien étouffant lors d'une visite inopinée vendredi après-midi au centre pénitentiaire de Seine-Saint-Denis, en présence de l'AFP.

Les effets de la chaleur sont immédiatement perceptibles. Avant même d'atteindre le quartier des mineurs, la parlementaire croise un jeune reconduit en cellule sur un fauteuil roulant, victime d'un malaise dans la cour de promenade. 

"La nuit, il fait chaud, y'a des moustiques qui rentrent même si je fais comme une moustiquaire avec le sac à linge," témoigne un adolescent, incarcéré depuis 14 mois. 

"Ca crie aux barreaux toute la journée", décrit le jeune. Au cœur du vacarme, "les tensions montent plus vite avec la chaleur". 

Les détenus mineurs ont l'avantage d'être seuls en cellule : dans le reste du bâtiment, la cohabitation à trois tend à devenir la norme. 

La capacité officielle de la prison de Villepinte est de 703 places mais, lors du passage de l'élue de gauche, 1.332 détenus y étaient incarcérés. Une surpopulation qui contraint près de 200 détenus à dormir sur des matelas posés au sol ou sur des sommiers précaires. 

Une étagère renversée et des packs d'eau: "Ca fait un an que je suis installé comme ça", raconte avec un sourire amer un détenu de 20 ans tandis que la parlementaire s'assoit à ses côtés sur le lit de fortune.

Trois douches par semaine

Dans la promiscuité de la cellule aux murs écaillés, lui et ses codétenus trompent l'ennui devant une chaîne d'information en continu qui relate en boucle les effets de la canicule... à l'extérieur des murs de la prison. 

"On n'a droit qu'à trois douches par semaine: lundi, mercredi, vendredi", se plaint l'un d'eux auprès de la parlementaire, sidérée. 

La restriction des accès au bloc de douche, au plafond et murs gangrenés par la moisissure, est une conséquence directe de la surpopulation carcérale.

Le prisonnier ne nie pas l'utilité de la détention, "mais au moins qu'on nous mette dans des meilleures conditions. 

"Sarkozy en prison, j'ai pas l'impression qu'il avait les mêmes conditions que vous", lance Clémentine Autain.

Subir la chaleur en attendant de connaître la date de son procès: "C'est une double peine", estime l'homme d'une trentaine d'années.

"Si on est encombrés comme ça à trois dans la cellule, c'est à cause de la justice trop lente", conclut-il alors que son voisin plaide pour "des alternatives comme les bracelets, l'éloignement".

Les agents pénitentiaires, équipés de gilets pare-balles, souffrent également de la chaleur mais gardent une attention bienveillante envers ceux qu'ils appellent "nos détenus". 

"On va faire attention aux personnes vulnérables, aux personnes d'un certain âge. On leur donne des bouteilles d'eau", détaille une agente qui a stoppé un jeune "qui sortait et n'avait pas de bouteille et pas de casquette".

-"Obsolète et insalubre" -

Dans les couloirs, des portraits graffés de Samuel Paty, Victor Hugo ou Nelson Mandela, réalisés par l'artiste C215, tentent d'atténuer la dureté des lieux, imprégnés d'une forte odeur de cuisine.

Collé à l'autoroute, le centre pénitentiaire s'est doté en 2017 d'un module "Respect", inspiré d'une expérimentation espagnole. 

Dans cette unité, les prisonniers peuvent circuler librement. Leur avantage indéniable en période de canicule: l'accès libre aux douches.

"Comme c'est une vieille prison, l'eau est froide en hiver et en été elle est brûlante", nuance un détenu.

Même dans ces cellules où la clé reste sur la porte ouverte, "il manque de l'air: à deux, c'est gérable, mais à trois, c'est inhumain," ajoute le quinquagénaire.

"Ce n'est pas acceptable en démocratie. J'en ai marre", assène Clémentine Autain, dénonçant un bâti "complètement obsolète et insalubre"

Sans faire de commentaire, le directeur de la prison, qui a accompagné la parlementaire pendant plus de deux heures, acquiesce.

Jeudi, le Sous-Comité de l'ONU pour la prévention de la torture (SPT) a alerté sur la "grave" surpopulation carcérale en France, qui "porte atteinte aux droits fondamentaux des détenus" et "pourrait constituer un traitement inhumain ou dégradant". Au 1er mai, un nouveau record a été battu, avec 88.654 détenus en France selon les chiffres mensuels du ministère de la Justice.