La réglementation européenne et les objectifs RSE poussent les donneurs d’ordre à intégrer des matières recyclées dans leurs chaînes. Le polyamide, matériau précieux et coûteux, devient un enjeu : difficile à séparer et rarement recyclé, il représente pourtant des débouchés industriels majeurs, de l’automobile à l’électronique, en passant par le textile. REC, créée en Bourgogne en 2019, a choisi d’attaquer ce défi par la voie de la sélectivité plutôt que par la dépolymérisation (procédé utilisé jusqu’à aujourd’hui mais très coûteux). «La force de notre procédé, c'est d'aller sélectionner le polyamide dans la matière et de ne récupérer que le polyamide», explique Laurent Trognon, président de REC.
Seule une autre entreprise australienne, Samsara, travaille actuellement sur cet autre procédé mais avec une méthode plus complexe. Le procédé physico chimique mis au point avec des laboratoires académiques et privés sollicités par les fondateurs de REC, permet d’isoler le polyamide contenu dans des flux complexes - lingerie, collants, airbags, chutes industrielles - et de produire des granulés ou des flocons réinjectables en production. À la clé : une réduction annoncée des émissions de CO₂ de l’ordre de 50 % par rapport au vierge et une écotoxicité fortement diminuée, des arguments décisifs pour convaincre les acheteurs industriels.
Industrialiser vite, structurer la filière
REC avance par étapes. Le passage à l’échelle industrielle nécessite des investissements ciblés - machines, automatisation, circuits de récupération d’eau et de solvants - évalués à 5 millions d’euros. Pour financer la montée en capacité, l’entreprise prépare une levée de fonds de 2,5 à 3 millions d’euros d’ici octobre, destinée à sécuriser l’achat d’équipements et l’industrialisation du procédé. «Nous avons un objectif, c’est de faire 5 000 tonnes par an en 2028», résume Frédéric Austrui, directeur général de REC, qui place la prudence industrielle au cœur de la stratégie : tester, optimiser, puis standardiser. Sur le plan opérationnel, Bastien Morand, responsable du laboratoire, insiste sur la méthode : «Le laboratoire a été pensé comme une miniature de l'usine… l'enjeu est d'identifier les problématiques qui pourraient arriver à l'échelle industrielle».
La réussite dépendra aussi de la structuration de la filière collecte tri. REC s’appuie sur des partenaires locaux - dont l’arrivée de Vitamine T pour la collecte - afin d’assurer des volumes réguliers et une traçabilité indispensable pour les clients. Le marché potentiel est vaste : en Europe, des centaines de milliers de tonnes de polyamide restent aujourd’hui non valorisées. Mais transformer ce gisement en matière première industrielle exige coordination, investissements et standards de qualité.
Si la PME bourguignonne revendique une avance technologique, la suite dépendra de sa capacité à lever les fonds nécessaires, à industrialiser sans surinvestir et à convaincre des donneurs d’ordre de substituer du rPA à du vierge.