À l’hôpital privé La Louvière-Ramsay Santé, l’innovation technologique s’impose comme un levier stratégique dans un contexte où la modernisation des équipements conditionne à la fois la qualité des soins et l’attractivité de l’établissement. «On n’investit que si les équipes sont déjà demandeuses et engagées», souligne son directeur Antoine Amiot, qui articule ses choix autour de trois priorités : améliorer la prise en charge des patients, attirer les praticiens et développer l’activité.
L’établissement, qui réalise 60 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une activité équilibrée entre médecine et chirurgie, illustre cette dynamique à travers des transformations concrètes. En urologie, l’arrivée d’un laser thulium fin 2024 a permis de faire évoluer les pratiques, avec une hausse des interventions pour adénome de la prostate de 400 en 2023 à 550 en 2025, tout en offrant «davantage de précision, moins de saignements et des durées de séjour réduites», selon le directeur.
En orthopédie, le déploiement du robot «Mako» début 2024, après deux ans de préparation, a également profondément modifié l’organisation, portant le nombre de prothèses de genou de 380 en 2021 à 700 en 2025 grâce à une assistance robotisée reposant sur un scanner préopératoire et une modélisation 3D, au service de gestes plus précis et sécurisés.
Intégration progressive de l'IA
Au-delà des blocs opératoires, l’innovation passe aussi par le numérique, avec l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans le fonctionnement quotidien : comptes-rendus de réunions, gestion des flux de brancardiers ou élaboration des plannings. «C’est un gain de temps, même s’il faut garder un regard critique», souligne Antoine Amiot.
Mais ces transformations s’inscrivent dans un cadre économique contraint. Le directeur rappelle «qu’en 2025, le secteur privé a généré 240 millions d’euros de déficit, contre environ 2,7 milliards pour le public». Une situation liée notamment à des revalorisations tarifaires jugées insuffisantes face à l’inflation. Les tarifs sont fixés par décret, dans le cadre de l’Objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) voté via le PLFSS (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale). «Je ne peux pas fixer mes tarifs», insiste-t-il. Une prostatectomie est ainsi rémunérée à un tarif fixé, quel que soit le coût réel pour l’établissement, tandis que les recettes complémentaires, comme les chambres particulières, représentent moins de 5% du chiffre d’affaires.
Les technologies elles-mêmes pèsent fortement sur les finances. «Un robot coûte un peu plus d’un million d’euros», précise le directeur. S’y ajoutent des consommables : approximativement 400 euros par intervention pour le robot «Mako» et jusqu’à 1 400 euros pour le robot «Da Vinci». Les tarifs étant fixes, certaines interventions peuvent devenir déficitaires.
Investir pour attirer les patients
Dans ce contexte, l’innovation répond aussi à un enjeu d’attractivité. Le directeur explique que l’objectif est d’améliorer l’expérience des patients grâce aux nouvelles technologies, afin de les satisfaire et de les inciter à revenir pour d’autres soins ou interventions, potentiellement plus rentables pour l’établissement. L’investissement technologique devient ainsi un moyen de développer l’activité, entre amélioration de la prise en charge et recherche de volumes.
Pour maintenir leur capacité d’investissement, les établissements doivent par ailleurs s’appuyer sur une gestion rigoureuse : maîtrise des achats, de la masse salariale et de l’organisation interne. À La Louvière, plusieurs services ont ainsi été réorganisés. Dans l’ensemble, la situation reste tendue : 46% des établissements de santé privés sont aujourd’hui déficitaires.
Antoine Amiot résume cet enjeu de long terme : «Un hôpital qui n’investit pas se meurt forcément. C’est une question d’années». Reste une question centrale pour les établissements : jusqu’où investir, alors que les technologies évoluent rapidement et que certains équipements peuvent être remplacés avant même d’être totalement amortis ?