Avec l’arrivée des bonus sur la capture de CO2 dans les sols, tout un écosystème se met en branle. C’est à qui affichera le plus de certifications. Gaïago Carbone commence à rémunérer une bonne centaine d’agriculteurs en France (représentant une superficie d’environ 5 200 hectares) à compter de ce mois de mars 2026, sur la base du label « Gold Standard », à hauteur de 304 € par hectare, en moyenne. Un hectare engagé sur cinq ans équivaudrait à un tiers de l’empreinte carbone annuelle d’un Français (séquestration effective et vérifiée de 3 tonnes équivalents CO2 / ha / an). Gaïago, basée à Saint-Malo, est connu pour fournir un ‘bio-stimulant’ ou ‘prébiotique’ (Nutrigeo) qui favorise les mycéliums et champignons mycorhyziens créateurs d’humus. Pas de micro-organismes, mais des oligo-éléments (manganèse, bore…), des acides organiques et humiques.
Ces crédits CO2 sont « valorisés » par South Pole, une société non cotée, un leader de la finance CO2 basé à Zurich (Suisse) et dont certains actionnaires, des fonds souverains, sont basés au Liechtenstein, à Singapour mais également aux Etats-Unis (cf. le géant américain Salesforce). La création du label Gold Standard a été soutenue par le WWF ; elle fait suite à un scandale financier qui a conduit, en 2024 à l’éviction de dirigeants (cf. le projet forestier Kariba au Zimbabwe, avec détournement de fonds et surestimations des capacités d’absorption du CO2). On est là sur des « marchés volontaires », souvent entre multinationales opaques, hors des structures conventionnelles comme l’ONU, pas très loin des paradis fiscaux.
Des initiatives de proximité
En contraste, plus près de nous, en 2020, est apparu SysFarm (11 salariés à Rouen, 1 M€ en 2025). Cette start-up réalise des bilans carbone et monte des dossiers Label Bas Carbone (LBC), en vue du versement de crédits CO2. Initialement, elle a ciblé de grands céréaliers en partenariat avec l’agro-industrie ou des distributeurs comme Terreos, afin qu’ils perçoivent des primes de 50 à 100 €/ha/an ou 5 à 20€ /t. Aujourd’hui, elle annonce élargir sa cible aux élevages bovins.
Autre acteur de proximité dédié à la transition agricole et alimentaire, la plateforme de financement participatif MiiMosa (crowdfunding), créée par Florian Breton en 2014 (200 M€ levés en 10 ans), propose le financement direct de la décarbonation des fermes, localement sur leur territoire, en les mettant en relation avec des épargnants investisseurs. Elle propose aussi du crowdgifting (don avec contrepartie) et du crowdlending (prêts ou placements rémunérés).
Tensions et arbitrages
Revenons à l’agrivoltaïsme : le rebond actuel provient de la loi APER de 2023 (Accélération de la production d’énergies renouvelables) visant, entre autres, à éviter les spéculations sur le foncier agricole. Cette loi est une caricature des arbitrages critiques qui peuvent se jouer entre la Fnsea et les autres centrales syndicales paysannes, entre ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique - sans oublier l’implication de la Commission de l’UE. Décrets d’application et circulaires se sont enchaînés ; et finalement des commissions départementales vont devoir examiner les projets au cas par cas.
La SAS Amarenco (250 personnes), née de la fusion en 2018 du groupe Carré (Tarn, 2008) et d’Amarenco Irlande (2013), reste un producteur indépendant d’énergie, soutenu par les fonds IDIA / Crédit Agricole et Arjun). Elle était indirectement présente au SIA pour promouvoir le financement de projets de panneaux solaires orientables, installés sur des parcelles cultivées ou re-cultivables à terme (et non plus sur des toitures de granges ou de hangars). Ces panneaux mobiles sont organisés en « centrales flottantes » pouvant capter le maximum d’énergie et créer de l’ombrage. L’offre prévoit de « régénérer les écosystèmes dégradés », avec l’engagement d’améliorer les sols. Un site pilote fonctionne depuis 2022 dans une ancienne carrière de Longhi Béton à Montpezat (Gard). Les prochains mois diront si cette nouvelle filière, prometteuse sur le papier, sera fructueuse sur le terrain.