En bref

La dette d'honneur de François Bayrou

Renversé à Matignon, battu dans sa ville de Pau, hors course pour l'élection présidentielle, François Bayrou revient en librairie avec deux combats existentiels, la dette publique et la pérennité du MoDem sur la scène politique française...
François Bayrou le 12 mars 2026, à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques © GAIZKA IROZ

François Bayrou le 12 mars 2026, à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques © GAIZKA IROZ

Renversé à Matignon, battu dans sa ville de Pau, hors course pour l'élection présidentielle, François Bayrou revient en librairie avec deux combats existentiels, la dette publique et la pérennité du MoDem sur la scène politique française, neuf ans après son alliance avec Emmanuel Macron.

"Je n'écrirai jamais mes mémoires". Sentence régulièrement entendue par les interlocuteurs de François Bayrou. Quelques secrets de jeunesse de nature à faire trembler la République qu'il vaudrait mieux ne pas publier. Et des mémoires en bonne et due forme attesteraient forcément d'une fin de parcours...

"Il n'a pas envie de sortir du jeu. Il considère que s'il sort du jeu, il est mort", résume froidement un de ses proches.

L'anti-mémorialiste de 75 ans est pourtant un auteur prolifique. "Alerte sur la France qui vient" (L'Observatoire, 18 juin) est son seizième livre depuis "La décennie des mal-appris" (1990) commis par un jeune agrégé de lettres classiques, déjà député et bientôt ministre de l'Éducation, auteur par la suite d'une biographie d'Henri IV (1994) et de nombreux ouvrages accompagnant ses trois candidatures à l'élection présidentielle (2002, 2007, 2012).

Cette "Alerte" est sa première livraison depuis son alliance avec Emmanuel Macron en 2017. Neuf ans plus tard, le titre, la couverture rouge et la tonalité alarmiste tranchent avec l'optimisme de "Résolution française" (février 2017). Et confortent François Bayrou dans le rôle qu'il s'est assigné: celui du lanceur d'alerte de l'endettement français, comme en témoigne le chapitre consacré à son passage à la tête du gouvernement ("jours d'alerte à Matignon").

La thèse est connue: surendettée, la France est au bord du précipice. Et tout le monde est coupable, des citoyens aux gouvernants successifs qui ne veulent pas voir la catastrophe qui s'annonce. "En défendant les idées que porte ce livre, et parce que je les défendais, le gouvernement que je conduisais a été renversé", écrit François Bayrou.

"Quelques mois après, en raison des animosités qui s'étaient déchaînées, certaines pour refuser les efforts que je considérais comme indispensables et d'autres purement et simplement manipulées, j'ai perdu à quelques bulletins près le mandat qui me tenait à cœur, celui de maire de Pau", poursuit le patron du MoDem, dans une claire allusion à l'affaire Bétharram.

Macron "à la hauteur

Le tableau est rouge mais le président est épargné. Sous ses deux quinquennats, la dette publique a augmenté de quinze points de PIB. Moins, en pourcentage, que sous Nicolas Sarkozy. Nul examen critique de sa pratique du pouvoir. Rien à voir avec "la plus impressionnante confiscation de tous les pouvoirs qui ait été tentée depuis des décennies" par ce même Nicolas Sarkozy, dénoncée en 2009 dans "Abus de Pouvoir".

François Bayrou, qui ne s'attarde pas sur la dissolution, décrit un Emmanuel Macron "à la hauteur", "indifférent aux puissants" et "garant respectueux des institutions" avec le Premier ministre, ce qui n'est pas exactement le ressenti de ses prédécesseurs Édouard Philippe, Élisabeth Borne et Gabriel Attal.

S'il dresse des portraits de ses ministres et des dirigeants syndicaux, François Bayrou n'évoque guère les patrons d'Horizons et de Renaissance, candidats pour 2027. L'"abandon en rase campagne" n'est "ni éthique ni très esthétique", écrit-il néanmoins.

Comment peser en 2027 ? M. Bayrou prône "d'abord, pour sortir du surendettement, la définition d'un plan qui en cinq ans ramène nos déficits au-dessous du niveau moyen de notre croissance". "Et pour cela une union nationale, une union sacrée, où les adversaires et les concurrents d'hier s'accorderont au moins sur un constat et sur des échéances". Soit la stratégie qui a conduit le Premier ministre à sa chute.

Et "un projet de société qui rende aux plus jeunes de vraies et réelles perspectives de progression", une sorte de "pacte national entre les générations".

Pas candidat en 2027, comment défendre la place du centre et du MoDem ? Une alliance derrière Édouard Philippe ou Gabriel Attal ? Un virage vers le centre-gauche de François Hollande, Bernard Cazeneuve ou Raphaël Glucksmann. "Je ne suis pas convaincu de l'actuelle offre politique", a-t-il expliqué au Point, sans exclure l'émergence d'une personnalité nouvelle.

"Bayrou, il faut bien qu'il se donne une mission", ironise un député macroniste. "Sa mission c'est que Le Pen ne gagne pas. Et son rêve c'est à nouveau de choisir le prochain. Et pour ça, il faut qu'il attende très longtemps. Mais comme l'histoire ne se répète jamais..."