Lamia El Aaraje, proche d'Anne Hidalgo élue dimanche, à 39 ans, première adjointe au maire de Paris, est une figure incontournable du socialisme parisien, connue pour son tempérament ferme et sa ligne hostile à La France insoumise.
Née le 22 novembre 1986 à Rabat, cette Franco-Marocaine arrivée en France à l'âge de 18 ans pour y suivre ses études a gravi les échelons du Parti socialiste jusqu'à être élue en 2023 première secrétaire de la puissante fédération parisienne du PS. Une fonction qu'elle occupe jusqu'en juin 2025, date à laquelle le PS de la capitale se dote d'une direction collégiale.
Partisane d'une ligne anti-LFI et social-démocrate au sein du PS, animatrice du courant "Refondations" du maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, elle avait soutenu en 2025 le sénateur Rémi Féraud lors de la primaire socialiste visant à désigner le candidat à la succession d'Anne Hidalgo.
Elle a ensuite rallié Emmanuel Grégoire, devenant l'une de ses porte-parole de campagne mais surtout l'artisane de l'union historique dès le premier tour des socialistes avec les écologistes et les communistes.
Début mars, elle avait été missionnée pour représenter Emmanuel Grégoire lors du premier débat entre candidats à la mairie de Paris.
Issue d'une famille de la classe moyenne - père technicien télécoms, mère technicienne de laboratoire -, elle est docteure en pharmacie mais n'a jamais exercé en officine, évoluant vers le droit de la santé pour devenir cadre successivement dans deux mutuelles.
Engagée au Parti socialiste dès les années 2010, elle a été présidente de la section locale du syndicat étudiant Unef à l'université de Limoges.
Grande force de travail
Habitante du XXe arrondissement, elle est élue en 2014, à 27 ans, sur la liste de la maire sortante Frédérique Calandra. D'entrée, elle est nommée adjointe sur son domaine de spécialité (santé, handicap, santé mentale).
A cette découverte des responsabilités succède un "apprentissage difficile" quand, à partir de 2017, Frédérique Calandra s'éloigne puis rompt avec les socialistes pour rallier la macronie.
Eric Pliez ramène le fauteuil de maire dans le giron du PS lors des municipales de 2020 quand Lamia El Aaraje devient conseillère de Paris. Elle prend encore du galon en se voyant confier la tête de la commission espaces publics, voirie, travaux et sécurité à la mairie centrale, tout en restant ancrée dans le XXe comme déléguée au maire pour la prévention, la sécurité et la médiation.
Elue députée de Paris lors de la législative partielle de juin 2021, elle était restée à cette fonction jusqu'en janvier 2022, date à laquelle le Conseil constitutionnel avait annulé l'élection en raison de la présence au premier tour d'un candidat ayant frauduleusement affiché le soutien de La République en marche sur son bulletin.
Elle s'était ensuite représentée en juin 2022 face à la candidate LFI Danielle Simonnet, investie par la Nupes, qui l'avait battue.
En novembre 2022, elle avait été nommée adjointe chargée de l'accessibilité universelle et des personnes en situation de handicap, puis s'était vu confier les délégations de l'architecture, de l'urbanisme et du Grand Paris en juillet 2024, lors de la passation du poste de premier adjoint et des délégations d'Emmanuel Grégoire à Patrick Bloche.
Plusieurs élus de la majorité interrogés par l'AFP jugent "tout à fait légitime" son accession au rang de première adjointe, pour lequel Lucie Castets et Marine Rosset étaient aussi sur les rangs.
"Elle est déterminée et tenace", note Danielle Simonnet, saluant son "profil très unitaire durant la campagne".
"C'est l'aile droite du PS, elle préfère travailler avec les macronistes qu'avec les Insoumis", estime l'ex-élu écologiste Emile Meunier rallié à LFI, la jugeant par ailleurs "bosseuse et carrée".
"J'ai changé d'avis sur elle pendant la campagne. Je voyais surtout la face brutale du personnage. Elle a en réalité une grande force de travail, elle est déterminée, a de belles qualités d'organisation", note aussi un élu parisien de la majorité.
Lamia El Aaraje prend le relais de Patrick Bloche, nommé premier adjoint d'Anne Hidalgo en juillet 2024 après le départ d'Emmanuel Grégoire à l'Assemblée nationale.