Sauvegarder l'article
Identifiez vous, pour sauvegarder ce article et le consulter plus tard !

Le marché de l'immobilier rebondit !

Le bilan immobilier 2025 dressé par les notaires est positif, sur un marché où la valeur verte des biens devient toujours plus importante. Mais les tendances sont très différentes pour le neuf et l'ancien. 

Élodie Frémont, présidente de la commission des statistiques immobilières des Notaires du Grand Paris, Laurent Rose, notaire à Nice et Priscille Caignault, membre du bureau du Conseil supérieur du notariat. © Anne Daubée
Élodie Frémont, présidente de la commission des statistiques immobilières des Notaires du Grand Paris, Laurent Rose, notaire à Nice et Priscille Caignault, membre du bureau du Conseil supérieur du notariat. © Anne Daubée

La reprise est nette, mais pour l'avenir, la prudence reste de mise. Le 8 décembre, à Paris, les Notaires de France présentaient leur « bilan immobilier 2025 ». D'après ce dernier, le marché de l'ancien a connu un véritable rebond à partir du mois de mars. La baisse enclenchée en juillet 2022 semble enfin enrayée. Au total, 921 000 transactions ont été enregistrées sur douze mois à fin septembre 2025, contre 832.000 à fin septembre 2024. La hausse de 11 % sur un an a permis de rejoindre un volume comparable à celui de juin 2017 (923 000 transactions). A l'origine du changement, la baisse de l'inflation et celle des taux d'intérêt. « Ces tendances macroéconomiques ont permis que la courbe d'évolution des transactions, baissière depuis de nombreux mois, s'inverse au dernier trimestre 2024 », décrypte Priscille Caignault, membre du bureau du Conseil supérieur du notariat (CSN) en charge de l'immobilier.

Concernant les prix dans l'ancien, ceux des appartements connaissent une hausse de 1,3% en France métropolitaine ( sur un an, au troisième trimestre 2025) et ceux des maisons, de + 0,2%. En revanche, les notaires observent des tendances nettement moins dynamiques sur le marché des appartements neufs. Les ventes ne marquent que de légers signes de reprise à partir du deuxième trimestre 2025. Au total, fin septembre, le volume de transactions a atteint 62 000 ventes, soit une hausse de 2% sur un an. En 2023, ce même marché atteignait 95 200 transactions. Au total, la reprise actuelle est très loin de compenser les chutes annuelles à deux chiffres qui se sont succédé depuis le troisième trimestre 2023. En outre, elle semble bien fragile. En effet, même si elle s'atténue, la diminution du nombre de ventes de terrains à bâtir se poursuit : elle a atteint -10% en septembre 2025 (sur douze mois), ce qui correspond à 39 900 transactions.

Le bilan des notaires apporte un éclairage sur le profil et les comportements des acquéreurs et vendeurs qui animent le marché de l' immobilier ancien. A commencer par l'évolution du pouvoir d'achat immobilier : les neuf premiers mois de 2025 ont confirmé la hausse entamée en 2024, avec une augmentation de 4% sur un an. Un ménage peut aujourd'hui acheter un logement de 81 m2 en remboursant une mensualité de crédit égale à un tiers de ses revenus. Parmi les autres constats figure un vieillissement de la population des vendeurs : en 2025, les plus de 70 ans concentrent 31% des transactions, contre 23% en 2015. Ou encore, la faible mobilité des Français. Côté acquéreurs, « l'origine géographique est à 50 % soit de la ville elle-même, soit de la proche région », note Laurent Rose, notaire à Nice. Par ailleurs, au total, les Français restent détenteurs de leur logement ancien durant 12 ans et 5 mois en moyenne (12,8 pour les maisons, 12 pour les appartements).

La valeur est verte

Autre constat de l'étude, l'importance croissante de la « valeur verte » des biens. Le DPE, Diagnostic de performance énergétique « constitue un nouveau déterminant dans le choix d'achat d'un bien », pointe Laurent Rose. Ce paramètre a une incidence forte sur les prix des biens immobiliers. Concrètement, les notaires enregistrent une différence de prix de l'ordre de 1,4 pour un appartement – aux caractéristiques similaires – selon s'il est classé EFG, ou A B. Le premier se vend à 145 000 euros, le second à 200 000 euros . Le coefficient est encore plus important pour les maisons (1,9). Pour ce type de biens, la potentielle facture d'électricité préoccupe d'autant plus les acquéreurs.

Autre observation, l'augmentation de la « valeur verte » au fil du temps. En 2024, les maisons anciennes d’étiquettes énergie de classe G se sont vendues en 2024 en moyenne 25% moins cher que celles de classe D, contre en 17% en 2021, toutes choses égales par ailleurs. La tendance est similaire mais plus atténuée pour les appartements. Selon l'étude, en 2024, 80% des ventes sont concentrées dans le milieu de l'étiquetage ( C, D ou E). Dans le détail, le marché se répartit entre 27% de ventes de logements économes en énergie (A,B,C), 33% des logements intermédiaires, (classe D) , et 40% des logements énergivores, (E,F,G). Mais ces différents segments de logements ont connu des évolutions diverses, en fonction de leur « valeur verte » et des échéances légales afférentes en matière de location des biens. Par exemple, les logements classés G - interdits à la location en janvier 2025 - ne représentaient que 2% du marché en 2021, au moment de la promulgation de la loi « Climat et résilience », contre 6% en 2024. Les logements classées F (9% du marché en 2024) ont connu un pic des ventes en 2021.

En dépit des tendances positives sur le marché de l'ancien en 2025, pour 2026, les notaires restent prudents. « Tout cela est à mettre en regard de la situation politique et financière, au plan national, et géopolitique, au plan international (…) Une petite étincelle peut mettre le feu aux poudres et inverser totalement la tendance de marché», met en garde Priscille Caignault. « Les critères de la confiance des ménages et de la stabilité, ou de l'instabilité, politique, économique et donc fiscale ne sont pas à négliger », complète Élodie Frémont, présidente de la commission des statistiques immobilières des Notaires du Grand Paris. En effet, rappelle la professionnelle, le marché avait été impacté de manière négative par la dissolution de l'Assemblée nationale de juin 2024. Par ailleurs, les tendances actuelles des prix suscite des interrogations chez les notaires. « Je suis un peu inquiet de les voir déjà repartir à la hausse, alors que les volumes de ventes remontent tout juste », pointe Laurent Rose.