« Nous sommes passés de l'incertitude à l'inquiétude », déclarait Amir Reza Tofighi, président de la CPME, Confédération des petites et moyennes entreprises. Le 26 mars, à Puteaux, au siège de la CPME, il intervenait lors d'une conférence de presse consacrée au tourisme. Cette activité qui représente 8% du PIB et 2 millions d'emplois en France a déjà commencé à pâtir des effets de la guerre au Moyen-Orient. En particulier, « les agences de voyage ont vu une baisse de 30% de leur activité, et de 90% pour les destinations du Moyen-Orient », a souligné Amir Reza Tofighi. Certains de ces professionnels ont également dû faire face à de multiples difficultés et coûts : rapatriement de touristes piégés dans le conflit, demandes des clients qui souhaitent annuler leurs voyages prévus dans des pays proches de la zone de conflit (Chypre et Égypte, notamment)... . La CPME plaide, notamment, pour que ces professionnels puissent bénéficier d'un dispositif de chômage partiel qui permettrait d’éviter des licenciements économiques.
A l'inverse, à moyen terme, la guerre pourrait-elle favoriser le secteur touristique français qui bénéficierait d'un report vers des destinations de proximité ? « Cela pourrait arriver, mais pour l'instant, nous ne le percevons pas (..) La balance reste négative et inquiétante », pointe Nicolas Dayot, membre du comité exécutif CPME en charge du tourisme. En outre, « la hausse des coûts de l'énergie peut aussi avoir des effets pour le tourisme domestique. Elle peut provoquer des annulations de séjour de Français qui ne vont plus pouvoir payer leurs trajets», ajoute Nicolas Dayot.
Opportunités et stratégie pluri-segments
Au delà de la crise actuelle liée au conflit, la CPME se fait la promotrice d'une « stratégie pour optimiser la croissance touristique de la France ». Avec un objectif : d'ici 2035, porter le tourisme à hauteur de 10 % du PIB soit « 60 milliards d’euros de richesses supplémentaires pour le pays », avance Amir Reza-Tofighi. Le contexte est favorable, d'après le rapport « Tourism Towards 2030 », publié par l'ONU tourisme (en 2011) : le tourisme mondial devrait croître de 3,3% par an d'ici 2030. Bémol, la concurrence devrait devenir de plus en plus rude. « Des pays ont des politiques extrêmement offensives (…), c'est le cas de l'Espagne, de l'Italie, par exemple. De plus, il y a beaucoup de destinations nouvelles qui se positionnent sur le tourisme et qui représentent une grande concurrence », souligne Nicolas Dayot, dépeignant la France comme un pays qui se repose un peu trop sur ses atouts naturels (patrimoine et nature). « Cela ne marche pas trop mal, mais on pourrait faire mieux (…). La France est challengée et parfois déclassée par rapport à des destinations concurrentes ». Exemple : en termes de fréquentation des hébergements touristiques, cruciale en matière de revenus, l'Espagne détient le record en 2025, avec 500 millions de nuitées. Elle est suivie de l'Italie (458 millions ). La France n'arrive qu'en troisième position (451 millions), alors qu'elle était en tête il y a 20 ans.
Pour la CPME, afin de tirer partie de la croissance touristique mondiale, il est nécessaire de mettre en place une stratégie qui mise sur tous les segments de tourisme : luxe, de niche, et aussi, de masse . « En matière de développement touristique, il n'y a pas seulement la valeur. Il y a aussi le volume. Cela ne signifie pas que l'on va être en situation de sur-tourisme ou de pics de fréquentation chroniques », précise Nicolas Dayot.
Indispensables investissements ou rejet du tourisme
Pour porter cette ambition, la CPME en appelle à la tenue de nouvelles « Assises du tourisme », sous l' égide des plus hautes autorités de l’État. « Une impulsion nationale est nécessaire. Le tourisme est une activité largement décentralisée, mais cela demande une coordination, une lisibilité entre le national et le local, entre les ministères et les collectivités locales », argumente Nicolas Dayot. En 2014, les « Assises du tourisme » –concertation entre tous les acteurs concernés - avaient débouché sur la mise en place d'une stratégie qui visait notamment le développement d'une offre de qualité et diversifiée et le déploiement du numérique dans le secteur.
En 2026, sous-jacent à différentes thématiques, un enjeu apparaît crucial pour la CPME : « il faut que nous soyons d'accord sur la trajectoire, ce qui n'est pas vraiment le cas aujourd'hui (…). Nous avons parfois un problème politique, médiatique d'acceptation du tourisme », pointe Nicolas Dayot. Au niveau local, il décrit « une absence de volonté » de développer le tourisme de la part de certains élus, une méconnaissance du potentiel touristique chez d'autres, voire « un rejet ». Côté habitants, dans les communes touristiques, « pour perdre les élections, il suffit de parler de tourisme », déplore Nicolas Dayot. Un état d'esprit fort peu propice à l'investissement public et privé. Or, « le tourisme est une économie de l'offre. Il est nécessaire d'investir », rappelle-t-il. Illustration avec le tourisme fluvial où les performances de la France sont moindres que celles de ses concurrents européens sur le Rhin et le Danube. « Voies Navigables de France n'a pas les moyens d'investir assez dans l'entretien et l'investissement des berges, les bornes de recharge, les activités de loisirs... », énumère Nicolas Dayot. Autre exemple : 1,7 milliard d'euros seraient nécessaires pour rénover les parcs d'expositions indispensables au tourisme d'affaires, segment dans lequel l'Allemagne est leader.