Le samedi matin, sur la place du marché de Saint-Quentin, un signal visuel fort attire l’œil des consommateurs : une ancienne camionnette Citroën Type H, au jaune aussi vif que la robe des ouvrières qu’elle honore. Ce véhicule, devenu l’emblème marketing itinérant de l’entreprise «les Abeilles de Saint-Martin», ne sert pas uniquement de décor. Il est le point de contact stratégique d'une activité apicole qui, huit ans après son lancement, a trouvé son équilibre entre artisanat et modèle de proximité.
Une diversification structurée depuis 2018
L'aventure entrepreneuriale d’Élodie et d’Alexandre Delaplace débute en 2018. Ce qui ne devait être qu'une expérimentation pour ce binôme (elle est infirmière libérale, lui est salarié dans une collectivité), s'est transformée en une seconde activité. Aujourd’hui, le couple gère une quarantaine de ruches, principalement composée d'abeilles Buckfast, réputées pour leur douceur. Le positionnement géographique de l’exploitation est un atout majeur. Les ruches sont installées le long d'une ancienne voie ferrée requalifiée en chemin de randonnée, offrant une biodiversité riche : acacias, aubépines, rosiers sauvages et châtaigniers. Pour optimiser les rendements et la variété de la gamme, le couple pratique la transhumance nocturne vers des champs de luzerne, grâce à un partenariat stratégique noué avec un agriculteur local. «Chaque miel a un goût différent au fil des saisons», souligne Élodie Delaplace.
Le dernier apiculteur hydromelier de l’Aisne
Aux côtés des pots de miel, des bouteilles d’hydromel se font la part belle dans les ventes. «Nous sommes le dernier apiculteur/hydromelier de l’Aisne», indique Élodie Delaplace. Un savoir-faire qui permet de valoriser la production de miel à travers une boisson historique, transformant une matière première brute en un produit à forte valeur ajoutée. Le couple explore des associations aromatiques audacieuses : framboise, vanille, mirabelle et même du café. «Chaque année, nous réalisons des tests avec des fruits parfois inattendus. Certains d’entre eux seront commercialisés», souligne Alexandre Delaplace en présentant la fabrication de l’hydromel. Les Abeilles de Saint-Martin mettent en avant la qualité et le savoir-faire qui se traduisent par des reconnaissances fortes. En 2025, elle a obtenu neuf médailles, dont sept au concours régional de l'Union syndicale des apiculteurs picards et deux à la Foire aux fromages de La Capelle. Des succès qui ne cachent pas un secteur soumis aux aléas climatiques et biologiques. Alexandre Delaplace cite les épisodes de froid printanier et la menace croissante du frelon asiatique dans le département de l’Aisne. Pour pérenniser l'activité, les entrepreneurs misent sur une fidélisation accrue : politique de consigne des pots (remise de 10 %) et présence multicanale, du marché du samedi à la vente directe le dimanche matin au magasin installé à côté de la maison familiale.
Le parrainage, un outil RSE pour les entreprises
Pour stabiliser leur trésorerie et sensibiliser à la biodiversité, les apiculteurs saint-quentinois ont déployé une offre de parrainage. Si les particuliers peuvent s'investir pour suivre la vie de «leurs» abeilles, le dispositif cible également les entreprises. Trois options sont proposées aux entreprises. Selon la formule choisie, les étiquettes peuvent être personnalisées aux couleurs de la société partenaire, permettant ainsi d'intégrer un produit de haute qualité et local dans une stratégie de cadeaux d'affaires ou de communication interne.