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Les cessions de PME subissent une baisse temporaire

Les cessions de PME ont diminué de 12% en 2025, selon le cabinet In Extenso Finance, qui y voit une « normalisation » du marché. Lequel devrait reprendre, grâce à des dynamiques de consolidation portées par une nouvelle génération d'entrepreneurs.


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Une normalisation « sous contrainte ». Telle est la dynamique décrite dans le « Panorama annuel des cessions et acquisitions de PME » 2025 du cabinet In Extenso Finance, spécialiste de la fusion acquisition, publié le 13 avril. Réalisée avec l'institut Epsilon Research, l'étude se focalise sur les transactions des PME de 20 à 499 salariés, valorisées entre 1 et 50 millions d'euros Sur ce marché du M & A (fusions & acquisition) small cap, l'étude recense 1 076 opérations en 2025. C'est 12% de moins que l'année précédente, pour un niveau de transactions comparable à celui des années 2023 et 2022.

Sur le plan sectoriel, les dynamiques sont contrastées. La plupart des secteurs enregistrent une tendance négative, mais d'ampleur très diverse. Ainsi, avec 132 transactions, le BTP ne décroît que légèrement ( -4%), stabilisant un marché qui avait connu un fort rebond en 2024. A l'autre extrême, les transactions concernant les sociétés de services aux entreprises et aux particuliers (165) ont diminué de 45%. A contrario, le secteur qui concentre à lui seul près de la moitié des transactions, progresse de 21% : il s'agit de celui des entreprises de technologies, médias, communication (448 transactions).

Au global, selon In Extenso Finance, la baisse du marché de 2025 constitue un « ajustement dans une conjoncture chahutée ». En particulier, l'instabilité politique, les incertitudes sur le projet de loi de Finances 2026 et donc, sur la pérennité des dispositifs fiscaux, ont créé un climat peu propice au marché des entreprises : les revendeurs se référaient aux valorisations élevées des années 2021 et 2022 ; les acquéreurs, inquiets, les révisaient à la baisse. « Ce différentiel de valorisation a engendré beaucoup d'échanges, de négociations et de renégociations entre des acquéreurs et des vendeurs qui campaient sur des positions parfois trop éloignées. Au final, certains deals se sont décalés ou ne se sont pas faits », constate Jessy-Laure Carol, associée chez In Extenso Finance.

La dynamique du build-up

En dépit de cet « ajustement », le marché du M & A small cap reste porté par des « dynamiques structurelles solides » qui dessinent un nouveau paysage entrepreneurial. En effet, 2025 a vu un fort développement des opérations dites de « build up ». « Ces opérations sont encouragées par les fonds d'investissement qui entrent dans le capital d'entreprises et les accompagnent, afin qu'elles réalisent des opérations de croissance externe dans des secteurs jugés propices à la consolidation », précise Jessy-Laure Carol. Au total, In Extenso Finance en recense 460, soit 43% du total des opérations, contre 30% en 2023. Signe aussi de l'importance croissante de cette dynamique, la proportion des « deals », qui concernent les entreprises valorisées entre 5 à 15 millions d'euros ont fortement augmenté, passant de 16% en 2024 à 34% en 2025. Ceux concernant les entreprises plus petites représentent 53% des échanges.

Autre constat de l'étude : tous les secteurs sont concernés par l'augmentation des opérations de build up, mais certains plus que d'autres, comme le secteur des services aux entreprises et particuliers ( 57% des opérations) et celui des technologies, médias et télécommunications ( 45%). « Dans la tech, en particulier, des entreprises réalisent des acquisitions de plus petites sociétés pour se consolider, car ce marché est très porteur : toute l'économie a besoin de se numériser, de logiciels... En outre, l'essor de l'IA génère la création de nouvelles petites sociétés qui vont pouvoir participer à cette dynamique de consolidation sectorielle », décrit Jessy-Laure Carol. Les opérations de build up peuvent servir des stratégies de consolidation géographique, comme dans le secteur du service à la personne, où elles ont fortement augmenté. « Cela permet de se déployer pour compléter un maillage territorial, dans des métiers comme l'aide à domicile ou l'accompagnement des seniors, où il est nécessaire de disposer d'équipes en proximité. Réaliser une acquisition permet d'aller plus vite que de créer des agences un peu partout », analyse Jessy-Laure Carol.

Cette dynamique de build up repose sur une nouvelle génération d'entrepreneurs, qui porte une vision renouvelée de l'entrepreneuriat. « Ces nouveaux entrepreneurs sont dans la logique : je crée ma société, je la revends dans trois ou quatre ans ou je l'adosse à une autre plus importante pour accélérer... A leurs yeux, les opérations de fusion-acquisition font partie de la vie d'une entreprise. C'est très loin de de la vision de l'entreprise familiale qui se construit sur plusieurs génération », explique Jessy-Laure Carol. Plus ou moins adaptée selon les types de métiers, cette tendance nouvelle devrait accélérer le rythme de cessions d'entreprises.