Les collectivités face au défi des piscines
Précieux lors des canicules, les quelque 6 400 bassins de natation en France s'avèrent coûteux à entretenir pour les communes. Lesquelles passent souvent la main aux intercommunalités qui devraient assurer une indispensable transition écologique, d'après une récente étude de BPCE l'Observatoire sur l'économie du sport.
La troisième activité sportive favorite des Français ? La natation. Très logiquement, la quatrième édition de l'étude de BPCE l'Observatoire sur l'économie du sport, publiée le 11 décembre 2025, consacrait une analyse économique aux piscines. Ces dernières occupent une place à part dans les équipements sportifs en France. Au total, le pays compte 6 400 bassins qui remplissent des missions de service public local, en matière d’apprentissage de la natation, de prévention des noyades ou d’accès au sport pour tous. Mais ce parc de piscines est extrêmement hétéroclite, composé de bassins exclusivement sportifs ou au contraire dotés d'espaces ludiques et de bien-être. Ces derniers sont de construction relativement récente. A l'inverse, près de la moitié des piscines en service ont été bâties dans la période des années 1970 et jusqu'en 1985. Et en dépit des efforts de d’amélioration réalisés au XXIe siècle, nombre d'entre elles n'ont jamais été rénovées.
À l’inverse, 45% des piscines ont moins de 20 ans ou ont fait l’objet d’une rénovation au cours des vingt dernières années, contre 26% pour l’ensemble des équipements sportifs.
Autre spécificité relevée par l'étude, le coût exceptionnel des piscines. Avec 3 milliards d'euros ( en 2024), elles représentent près de 20% de la dépense sportive locale. « Le coût unitaire des piscines est de très loin le plus élevé de tous les équipements sportifs », précisent les analystes. La dépense pour un bassin s'élève à environ 600 000 euros, alors qu'elle n'est que de 88 000 euros pour un gymnase ou une salle de sport et de 46 000 euros pour un stade. Autre particularité, l'atypie de la structure de la dépense des piscines. Leurs charges courantes (eau, chauffage, personnel, …) représentent près des trois quarts de l’effort budgétaire (contre 43% pour les autres équipements), l’investissement un peu plus d’un quart (contre 57%, pour les autres équipements).
Un équipement trop coûteux pour une commune
Aujourd'hui, ce patrimoine, précieux et coûteux, appartient à 80 % à des collectivités locales. Par ailleurs, « la structure par niveau de collectivité est spécifique par rapport au reste des équipements sportifs » selon l'étude. Ainsi, les communes détiennent environ 50% des piscines (contre près de 70% de l’ensemble des équipements sportifs), tandis que les intercommunalités en détiennent 27% pour seulement 5 % de l’ensemble des équipements sportifs. Et au total, les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont nettement surreprésentés dans la détention et la gestion des piscines, équipements de plus en plus lourds à financer. « A l’échelle d’une petite commune, la charge budgétaire d’un tel équipement est difficilement soutenable. La mutualisation intercommunale permet d’élargir le bassin de population desservi et de partager coûts d’investissement et de fonctionnement » pointe l'étude.
Le phénomène pourrait s'accentuer encore. En effet, les piscines sont, par nature, des « équipements très énergivores et consommateurs d’eau ». Résultat, elles font face à des enjeux de transition écologique redoutables. En matière de chauffage, par exemple, 60% d'entre elles reposent encore sur des énergies fossiles (gaz ou fioul). Et en dépit de progrès, « le parc reste toutefois globalement éloigné d’une trajectoire de décarbonation complète. » Le défi est donc majeur pour les collectivités détentrices de ces infrastructures et par ailleurs soumises à des contraintes budgétaires toujours plus fortes. Le changement climatique qui rend les piscines particulièrement précieuses pour les citoyens impose aussi de les transformer en profondeur.