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Les propositions chocs pour relancer la natalité en France

  Une mission parlementaire vient de faire des recommandations pour relancer la natalité en France, parmi elles la création d’une allocation unique de 250 euros par enfant et par mois.

© Adobe stock.

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 En 2024, Emmanuel Macron prenait acte du recul constant des naissances depuis de nombreuses années et annonçait, dans la foulée, son plan de « réarmement démographique ». Hélas, la rhétorique martiale n’aura pas suffi à endiguer les mauvais chiffres : selon l’Insee, en 2025, 645 000 enfants sont nés en France, 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. Face à ce constat inquiétant, une mission d’information sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité a été créée, le 21 en mai 2025, à l’initiative du groupe parlementaire Horizons & Indépendants. 37 propositions viennent d’être annoncées.

Vieillissement de la population

Selon l’Insee, « au 1er janvier 2026, la population en France est estimée à 69,1 millions d’habitants, soit 0,25 % de plus qu’un an auparavant. 22 % de la population a au moins 65 ans, soit presque la même proportion que celle des moins de 20 ans. ». Voilà d’emblée posé le problème du vieillissement démographique, déjà bien présent dans de nombreux pays européens comme l’Allemagne et l’Italie, mais auquel la France pensait pouvoir échapper.

Hélas, en 2025, pour 645 000 naissances, il faut déplorer 651 000 décès (+1,5 % par rapport à 2024), ce qui revient à dire que pour la première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la population en France est devenu négatif ! La tendance est donc au déclin des naissances, ce que traduit (imparfaitement) l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) dont la valeur en 2025 — 1,56 enfant par femme, en recul par rapport à 2024 — se situe très en deçà du seuil de renouvellement des générations. De plus, en France, l’âge conjoncturel moyen à l’accouchement continue d’augmenter et atteint désormais 31,2 ans, contre 29,6 ans en 2005.

Selon les conclusions de la mission parlementaire, « la baisse de la natalité résulte d’un ensemble de contraintes économiques, sociales, professionnelles, territoriales et symboliques qui s’additionnent et se renforcent mutuellement ». Mais, les déterminants économiques (précarité, accès au logement, niveau de revenu…) constitueraient des facteurs explicatifs au moins aussi importants que les difficultés de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Par ailleurs, ce rapport montre qu’il ne faut pas non plus négliger les évolutions socioculturelles, comme la valorisation croissante de l’autonomie et de l’épanouissement individuel.

37 recommandations

Assurément, ces bouleversements démographiques transformeront en profondeur le marché du travail ainsi que les composantes de la demande globale, et pourraient s’accompagner d’un déclin de l’innovation, des créations d’entreprises et in fine de la croissance potentielle. Bien entendu, le vieillissement de la population soulève aussi de redoutables problèmes de répartition, dont la retraite n’est que la face émergée de l’iceberg, avec l’augmentation du rapport entre inactifs et actifs. C’est, en effet, tout le financement de la Sécurité sociale qui est alors à revoir, tant en ce qui concerne l’assurance maladie que la nouvelle branche autonomie.

Au regard de ces risques, la mission parlementaire a présenté 37 recommandations pour relancer la natalité, en permettant « la réalisation du désir d’enfant ». Elles s’appuient donc sur l’hypothèse forte que « le désir d’enfant demeure largement présent en France, mais les conditions pour accueillir un enfant sont perçues comme de plus en plus contraignantes ».

Dès lors, dans le plus pur style paternaliste des années 1960, il est question de permettre le déblocage par anticipation de l’épargne salariale et surtout de créer « un versement familial unique (VFU) de 250 euros par enfant et par mois, versé jusqu’aux 20 ans de l’enfant et dès le premier enfant, sans conditions de ressources ni modulation en fonction des revenus du foyer, du rang ou de l’âge des enfants ». Au chapitre logement, un nouveau prêt à taux zéro ferait notamment son apparition « pour l’acquisition ou l’agrandissement du domicile familial à l’occasion de chaque naissance d’un enfant », couplé à une portabilité des conditions de crédits immobiliers antérieures pour les couples propriétaires avec enfants à charge. Pour les modes de garde, outre un « congé parental unifié (CPU) » très favorable et l’activation d’aides pour les grands-parents, il s’agit surtout de bâtir « un plan Marshall des modes de garde ». Enfin, il est envisagé de revoir en profondeur la place des enfants et des familles dans l’espace public, avec entre autres « l’aménagement d’espaces adaptés aux enfants dans les trains », ce qui sera une gageure à en juger par la multiplication des « espaces no kids ».

Ces propositions semblent néanmoins négliger la perte de confiance dans un avenir miné par l’incertitude et les peurs. Une chose est certaine, si le solde naturel continue à se creuser, le recours à l’immigration sera alors le seul remède. Mais, c’est là un sujet politiquement très sensible, surtout en ce moment…