En bref

Levée de boucliers contre les propositions logement de Marine Le Pen

Les propositions en matière de logement de Marine Le Pen sont critiquées par des politiques de gauche, de droite et des associations, notamment l'idée de réserver les logements HLM aux Français, "une lubie xénophobe" pour...
La présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH) Emmanuelle Cosse à Paris le 16 juin 2021 © Sameer Al-DOUMY

La présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH) Emmanuelle Cosse à Paris le 16 juin 2021 © Sameer Al-DOUMY

Les propositions en matière de logement de Marine Le Pen sont critiquées par des politiques de gauche, de droite et des associations, notamment l'idée de réserver les logements HLM aux Français, "une lubie xénophobe" pour Emmanuelle Cosse, qui représente les bailleurs sociaux. 

Pour l'ancienne ministre écologiste du Logement, les propositions dévoilées dimanche par la candidate du Rassemblement national "parlaient très peu de logement mais utilisent la crise actuelle et désignent un bouc émissaire, les immigrés". 

"Les étrangers ne sont pas favorisés dans l'entrée dans le logement social, il n'y a aucun favoritisme. Leur accès est même inférieur par rapport aux ménages français", a assuré lundi lors d'une conférence de presse la présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui réunit les organismes HLM. 

Selon l'organisation, les étrangers représentent 15% des locataires du parc HLM, pour une part d'environ 7% dans la population nationale. 

Les membres du parti d'extrême droite insistent eux sur les chiffres du ministère de l'Intérieur indiquant qu'en 2022, 30% des immigrés vivant en France habitaient un logement HLM, contre 11% des non-immigrés, une "sur-représentation" qui "peut être liée à leurs plus faibles revenus, mais aussi à la plus grande taille de leur ménage", selon le ministère.

Le président du RN, Jordan Bardella, s'agace même sur X que "près d'un ménage immigré algérien sur deux vive en logement social". Les ménages originaires d'Algérie sont pour 47,3% locataires du parc social, une proportion "à rapprocher de leurs caractéristiques au moment de leur venue en France (...) principalement arrivés au cours des années 1970 (...) dans les grandes agglomérations", relève le ministère de l'Intérieur.

"Un infirmière en France, étrangère, en situation régulière, qui travaille dans un Ehpad, auprès de nos séniors, pourquoi aurait-elle moins de droit qu'un autre infirmier dans notre pays ?", interroge sur BFMTV la députée Ensemble Prisca Thévenot, proche de Gabriel Attal. 

"La préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie" de logements sociaux, prévient la Confédération nationale du logement, qui défend les locataires HLM et rappelle que près de 3 millions de ménages sont en attente d'un logement HLM. 

Lors de son discours de rentrée, Marine Le Pen a promis que le logement serait "un des grands chantiers" de son quinquennat, et souhaité "donner la priorité d'accès au logement social aux Français" ainsi que leur "réserver" les aides personnelles au logement (APL). 

Parmi ses autres annonces, abroger la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain) ulcère de nombreux politiques. Adoptée en 2000 pour favoriser la construction de logements sociaux et la mixité sociale, cette loi oblige de nombreuses communes en zone urbaine à disposer de 20% ou 25% de logements HLM dans leur parc de résidences principales. 

Supprimer la loi SRU "serait un recul gravissime" pour Jacques Baudrier, adjoint communiste chargé du logement à la mairie de Paris. 

Selon le dernier bilan triennal, un million de logements sociaux ont été produits entre l'instauration de la mesure et 2022, soit près de 20% du parc social actuel.

Amateurisme

"Madame Le Pen a pour politique du logement le projet de faire des ghettos de riches en supprimant l'obligation de créer 25% de logements sociaux dans toutes les villes", a réagi le chef de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen souhaite aussi expulser "des familles délinquantes" des logements HLM, remplacer MaPrimeRenov' par "un prêt à taux zéro", ou encore supprimer les "contraintes" liées aux diagnostics de performance énergétique (DPE).

Un dirigeant des Républicains s'est dit, auprès de l'AFP "stupéfait par l'amateurisme du RN" qui a fait "un plan logement sans donner le moindre chiffre, ce n'est pas sérieux. Marine Le Pen prétend diriger le pays, mais elle ne dit pas comment".

Des propositions "à côté de la plaque par rapport aux besoins actuels" et "à côté des réalités des Français", a cinglé Emmanuelle Cosse. 

"Xénophobe, ultralibérale, polluante: Marine Le Pen n'a pas changé", déplore sur LinkedIn Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés. 

En 2025, le logement a représenté 28% dans le budget des ménages français et a pesé pour moitié dans la hausse de 1,2% de l'ensemble des dépenses de consommation.