"Marseille ne doit jamais tomber dans les mains de ces gens-là": l'Insoumis Sébastien Delogu a finalement annoncé mardi son retrait face au "risque" d'une victoire du RN, rendant plus probable une réélection de Benoît Payan, qui avait refusé toute alliance avec LFI.
Dans la foulée, le député Rassemblement national, Franck Allisio, qui voit s'amenuiser ses chances de conquérir la deuxième ville de France, a appelé la candidate de la droite et du centre Martine Vassal à se retirer.
Le président du RN, Jordan Bardella, en a même fait la demande sur X au président des Républicains Bruno Retailleau, estimant que "le retrait sans gloire de M. Delogu, qui abandonne ses propres électeurs, ouvre la voie à la victoire d’une gauche sous emprise de Jean-Luc Mélenchon".
"Malheureusement, vu le score que l'on a fait, notre électorat est déjà parti au RN" et "le RN, compte tenu de l'amateurisme sur les listes, n'arrivera pas à gagner cette ville", a raillé sur BFMTV Martine Vassal.
Donc elle "va jusqu’au bout", affirmant, un regard sur la métropole qu'elle dirigeait jusqu'à présent: "j’en ai rien à foutre des postes".
A gauche, Benoît Payan, en tête d'une courte avance (36,7%) devant le Rassemblement national (35,02%) et loin devant Martine Vassal (12,41%) et Sébastien Delogu (11,94%), avait dès dimanche soir rejeté la "main tendue" de LFI. "Cette main-là, elle m'a donné des coups de poing pendant des mois et au soir de se partager les places, elle deviendrait une main tendue?".
L'air grave, Sébastien Delogu a annoncé mardi matin sa décision de se retirer.
"Jamais je ne céderai un millimètre de terrain face à ceux qui veulent condamner la jeunesse marseillaise à la ségrégation et à la misère. Face à ceux qui criminalisent les populations de quartiers entiers dans notre ville et qui fracturent l'unité du peuple français. Face à ceux qui discriminent ceux qui n'auraient pas la bonne couleur de peau, la bonne religion ou la bonne origine", a asséné M. Delogu, 38 ans.
"Nous, on a donné des consignes de vote, elles sont très claires, c'est de faire barrage au Rassemblement national", a-t-il ajouté un peu plus tard, appelant sans la citer à voter pour la coalition de gauche de M. Payan.
"Face à l'irresponsabilité d'un homme, nous serons responsables pour un million" (près de 900.000 personnes vivent à Marseille, NDLR), a-t-il assuré.
Le chef des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a lui raillé sur X "le sectarisme aveuglé de Benoît Payan et son arrogance" qui "n'ont pas empêché Sébastien Delogu et ses colistiers d'assumer la responsabilité de barrer la route à l'extrême droite à Marseille".
LFI s'est également désistée de la course dans une mairie de secteur (13/14e arrondissements) mais se maintient dans quatre autres dans une même logique de barrage au RN.
Catastrophe
Contrairement à Marseille, dans d'autres villes en France comme Lyon, Toulouse, Brest ou Avignon, des accords ont été scellés entre socialistes ou écologistes et LFI pour barrer la route à la droite ou l'extrême droite.
A Paris aussi, le socialiste Emmanuel Grégoire a réitéré son refus d'une alliance avec LFI après une campagne de premier tour tendue.
Le maire sortant Benoît Payan a "pris acte" dans un communiqué de la décision "difficile" de Sébastien Delogu, appelant au "rassemblement" face au RN, qui mènerait la deuxième ville de France, l'une des plus pauvres, à la "catastrophe sociale, culturelle, économique et morale".
A droite et à l'extrême droite, on l'accuse d'accords masqués avec les Insoumis. "Ces accords, on les découvrira dans quelques semaines, dans quelques mois, de la même manière qu'on a découvert quelques mois après que Mme Rubirola n'était pas la vraie maire des Marseillais", a accusé Franck Allisio, faisant référence à la maire élue en 2020 qui avait laissé sa place six mois plus tard à Benoît Payan.
Le cinéaste Robert Guédiguian, qui a beaucoup filmé la cité phocéenne, est l'un des rares artistes à s’immiscer dans ce combat municipal, appelant sur Facebook "à voter pour Benoît Payan" et à "arrêter les conneries et les querelles ridicules".