Mercosur : le grand désaccord commercial avec l’Union européenne
La signature finale de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur devrait intervenir ce 17 janvier, dans un contexte d’opposition toujours très vive d’une partie du monde agricole européen.
Après une montée de colère dans le monde agricole liée à la dermatose nodulaire, qui a inquiété au plus haut point le gouvernement français déjà bien affaibli, voilà que le traité de libre-échange entre le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay et Bolivie) et l’Union européenne (UE) cristallise une nouvelle fois le ressentiment d’une partie des agriculteurs européens. Tant et si bien que la signature finale de l’accord a été reportée à mi-janvier, lors d’une rencontre au Paraguay. L’épilogue du feuilleton UE/Mercosur n’est donc peut-être pas encore près de se terminer (bien).
Un quart de siècle de négociations
En débat depuis 1999, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur n’en finit pas de changer de périmètre au gré des négociations. En tout état de cause, il se veut le pilier commercial — signé une première fois en 2019 — d’un accord plus large d’association prévoyant un dialogue politique et la coopération entre l’UE et le Mercosur, ce dernier représentant 80 % du PIB de l’Amérique du Sud, pour près de 800 millions d’habitants. Mais c’est peu dire que si les volets « dialogue » et « coopération » ne mangent pas de pain, le volet commercial est quant à lui source de grandes inquiétudes.
Cet accord prévoit, en effet, une réduction draconienne des barrières tarifaires afin de soutenir les échanges commerciaux entre les deux régions dans plusieurs secteurs : agriculture, automobile, chimie, pharmacie, textile et services. Il est question de 40 à 45 milliards d’euros d’importations et exportations, ce qui explique l’empressement de l’Allemagne à vouloir conclure au plus vite cet accord, son industrie automobile subissant une grave crise. En retour, les pays du Mercosur pourront exporter leurs viandes bovines, leurs volailles et céréales avec des droits de douane bien plus faibles qu’actuellement, ce qui inquiète les agriculteurs français, déjà passablement échaudés par les importations à bas prix des produits agricoles ukrainiens.
Divergences au sein de l’UE
Le vernis d’unité de l’UE a craqué lorsque la colère des agriculteurs français a fini par se cristalliser sur les termes du traité avec le Mercosur, mouvement qui menaçait de faire tache d’huile en Europe. Et ce, malgré l’existence de quotas d’importation et l’introduction il y a peu de « clauses de sauvegarde » par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, censées justement calmer leur colère (et amadouer la France), en autorisant de diligenter des enquêtes en cas d’augmentation trop importante du volume des importations en provenance du Mercosur ou de chute de prix.
Depuis, le gouvernement français, pourtant favorable à cet accord au mois de novembre dernier, mène la fronde pour réclamer encore plus de garanties sur les questions environnementales et concurrentielles. Mais, bien que la France ait réussi à rallier la Hongrie, la Pologne et, fort opportunément, l’Italie pour constituer une fragile minorité de blocage du processus de signature de l’accord, en face, d’autres pays — bien plus nombreux — font preuve d’autant de détermination pour conclure au plus vite cette négociation. L’Allemagne, l’Espagne et les pays nordiques font ainsi valoir que cet accord leur permettrait de relancer leur commerce international, dans un contexte miné par les droits de douane américains et une dépendance trop grande vis-à-vis de la Chine, entre autres dans le secteur clé des minerais (lithium, cobalt, cuivre…), dont les pays du Mercosur sont richement dotés.
Un avenir incertain
Comme le rappelle la Chambre d’agriculture française, le traité de libre-échange UE/Mercosur est devenu une « équation difficile à résoudre », car au sein même du monde agricole européen les divisions sont nombreuses. Ainsi, si les éleveurs y voient une concurrence déloyale, en raison notamment de normes sanitaires et sociales sud-américaines bien moins draconiennes, les viticulteurs se sont au contraire réjouis de ce nouveau débouché.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle choisi son camp : elle pousse pour une adoption rapide du traité, persuadée que les gains dans les secteurs agricoles et industriels seront supérieurs aux pertes. Pourtant, les exemples passés montrent qu’il est très difficile de connaître à l’avance le bénéfice global net d’un tel accord, entre redistribution des richesses produites, faillites dans les secteurs fortement concurrencés et gains liés aux nouveaux débouchés. Et du côté du Mercosur ? Bien que très favorables à cet accord, les pays membres ont exprimé par la voix du Brésil leur lassitude, puis leur mécontentement à l’annonce du report de signature, fin décembre 2025.
Après l’aval donné ce 9 janvier par une majorité qualifiée d’Etats membres (sans la France, ni l’Autriche, la Hongrie, l’Irlande et la Pologne ) Ursula von der Leyen, devrait signer le traité de libre-échange le 17 janvier. Le mistigri échoira ensuite au Parlement européen…