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Municipales à Paris: les électeurs de Chikirou et Bournazel au centre du jeu

"Je ne me sentirai absolument pas responsable de la victoire de Dati": les électeurs parisiens LFI se retrouvent face à un dilemme dimanche, "faire barrage" à la droite, soutenue par l'extrême droite, ou voter Sophia Chikirou, quand l'attitude des électeurs...
Une affiche de campagne de Sophia Chikirou, candidate LFI à la mairie de Paris, dans le centre de Paris le 19 mars 2026 © Charlotte SIEMON

Une affiche de campagne de Sophia Chikirou, candidate LFI à la mairie de Paris, dans le centre de Paris le 19 mars 2026 © Charlotte SIEMON

"Je ne me sentirai absolument pas responsable de la victoire de Dati": les électeurs parisiens LFI se retrouvent face à un dilemme dimanche, "faire barrage" à la droite, soutenue par l'extrême droite, ou voter Sophia Chikirou, quand l'attitude des électeurs de Pierre-Yves Bournazel sera l'autre inconnue majeure du scrutin.

Arrivée troisième au premier tour des municipales (11,72%), la candidate insoumise s'est maintenue devant le refus d'Emmanuel Grégoire, le finaliste de la gauche unie hors LFI, d'accepter sa "main tendue". Pierre-Yves Bournazel, ex-candidat Horizons/Renaissance (11,34%), a fusionné sa liste avec celle de Rachida Dati.  

Lou, 36 ans, a voté Sophia Chikirou le 15 mars. "Je pense que les électeurs LFI sont fatigués des traîtrises du PS", dit à l'AFP cette tatoueuse, qui votera de nouveau pour la candidate La France insoumise, malgré "quelques réserves" à son égard.  

Face à une potentielle victoire de Rachida Dati, elle estime que cela enverra un "message fort" au Parti socialiste pour l'élection présidentielle: "LFI est l'avenir de la gauche en France".

Pour Paris, la trentenaire réclame une politique de "vraie gauche", citant la "crise immobilière sans précédent" dans une ville dirigée depuis 25 ans par les socialistes.

- "Bonne performance" - 

Inès, militante insoumise, devrait voter de nouveau pour la candidate LFI, convaincue notamment par sa prestation au débat télévisé mercredi. Si la jeune femme de 26 ans, toujours "en hésitation", finissait par voter Emmanuel Grégoire, "ce serait vraiment pour faire barrage à Rachida Dati".

"Le débat m'a fait changer d'avis et j'ai décidé de maintenir mon vote pour Chikirou", explique aussi Camille, 36 ans. Agacé de la "tactique" d'Emmanuel Grégoire de ne pas vouloir fusionner avec la liste insoumise, cet électeur du 18e est allé jusqu'à hésiter, un temps, à voter à droite pour le sanctionner. 

"Je ne me sentirai absolument pas responsable de la victoire de Dati", jure Camille.

Pour Bruno Cautrès, "la bonne performance de Sophia Chikirou" au cours du débat "a sans doute conforté son électorat de premier tour" et ce politologue au CNRS ne s'attend pas "à un effondrement" de la candidate dimanche.

Le scrutin s'annonce serré, dans les derniers sondages Sophia Chikirou recueillerait entre 10 et 11% des suffrages quand Emmanuel Grégoire l'emporterait, parfois sur un fil, face à Rachida Dati.

Que vont faire les électeurs de Pierre-Yves Bournazel ? Les derniers sondages se contredisent: dans l'enquête Elabe pour BFMTV, Le Figaro et La Tribune Dimanche, 35% de ses électeurs voteraient pour Emmanuel Grégoire contre 56% pour Rachida Dati et dans l'étude Cluster pour le média Politico, 57% accorderaient leur voix au premier, 42% à la seconde.

Catherine Roudon a voté Pierre-Yves Bournazel au premier tour. "Je pense que je vais quand même voter Emmanuel Grégoire" dimanche, dit cette habitante du 18e, évoquant une "continuité" avec la maire sortante. 

"Je trouve que Madame Hidalgo, même si elle est très critiquée, elle a très bien fait son travail", estime cette femme de 63 ans. 

Driss, 67 ans, a aussi accordé sa voix à M. Bournazel, saluant un homme "à l'écoute des gens". Au second tour, il va voter "à droite, Dati". "Comme je suis investisseur immobilier, ça va dans mes intérêts", poursuit-il.

Indécis

Pour Charles, 35 ans, qui a "lu tous les programmes", celui de Pierre-Yves Bournazel lui "paraissait raisonnable, mesuré et justifié".

Au second tour, ce manager va "probablement" voter pour Rachida Dati, avec un bémol: "Un des gros trucs qui m'empêche de voter Dati, c'est quand même qu'elle est corrompue", lâche-t-il, en référence à son procès en septembre pour corruption et trafic d'influence.

"Je suis indécis", résume cet électeur du 14e.

"Le report des voix de Pierre-Yves Bournazel est très difficile à quantifier mais globalement il y a plus d'électeurs de droite que de gauche" dans son électorat, résume pour l'AFP Stéphane Zumsteeg de l'institut Ipsos-BVA. "Même si Dati est apparue clivante pour une bonne partie de l'électorat Bournazel, ça reste des gens de droite", ajoute-t-il.

Les reports de voix des électeurs de la candidate d'extrême droite Sarah Knafo (10,40%), qui s'est désistée pour faire "battre la gauche", seront "massifs" en faveur de Rachida Dati, anticipe M. Zumsteeg.

Mais le politologue Benjamin Morel met en garde devant "la difficulté des sondeurs à évaluer cette élection" avec de "petits échantillons".