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Municipales : candidat et salarié, deux agendas parfois difficiles à concilier

Les salariés engagés dans la course jonglent avec un double agenda exigeant, pris entre une campagne souvent intense et un emploi qu'ils doivent, parfois, mettre en pause.

Les salariés engagés dans la course aux municipales jonglent avec un double agenda exigeant. © Damien MEYER

Les salariés engagés dans la course aux municipales jonglent avec un double agenda exigeant. © Damien MEYER

Ni le temps libre d'un candidat retraité, ni l'autonomie d'un chef d'entreprise : les salariés engagés dans la course aux municipales jonglent avec un double agenda exigeant, pris entre une campagne souvent intense et un emploi qu'ils doivent, parfois, mettre en pause. Mais malgré ces contraintes, les cadres et professions intellectuelles supérieures restent parmi les Français les plus engagés dans la vie politique locale. Ils représentaient en 2025 20,5% des conseillers municipaux, juste derrière les retraités (22,7%), selon la Direction générale des collectivités locales (DGCL).

Conflits d'intérêts

Parmi les freins à l'engagement politique, le manque de temps (42%) et la difficulté à concilier engagement et vie familiale (38%) figuraient en bonne place d'une étude conjointe de l'Institut Terram et du Laboratoire de la République publiée en août 2025. Pour y remédier, la loi sur le statut de l'élu local, en vigueur depuis fin décembre, a étendu de 10 à 20 jours ouvrables le droit d'absence du salarié candidat pour participer à la campagne électorale.

Ces absences ne sont pas rémunérées mais, à la différence du congé sans solde classique, elles ouvrent droit à congés payés et sont considérées comme du temps de travail effectif, avec tous les avantages liés à l'ancienneté. Dans les faits, peu y ont recours. "C'est une perte de salaire que je n'avais pas envie d'assumer", rapporte Anthony Le Bras, 50 ans, candidat sur une liste à Concarneau. Ce responsable de formation au Crédit Agricole milite surtout le soir et le weekend, avec "un impact important sur la vie de famille et les loisirs". 

Si son responsable RH ne lui a donné aucune consigne de discrétion sur son emploi auprès des électeurs, les règles peuvent varier fortement d'une organisation à l'autre. À la Banque de France, les agents candidats doivent s'abstenir de mentionner leur appartenance à l'institution publique et indiquer, par exemple, analyste financier dans le formulaire de déclaration de candidature.  À l'inverse, le géant de l'eau et des déchets Veolia invite ses salariés à faire preuve de transparence quant à leur activité au sein de l’entreprise. Mais à chaque fois, des règles strictes en matière de prévention des conflits d'intérêts s'appliquent. Veolia peut ainsi, dans certains cas, interdire à un salarié d'exercer dans son territoire d'élection. 

Collègues arrangeants

Loin des grandes structures, c'est la solidarité qui prime dans les TPE. Corentin Tranchant, 33 ans, travaille chez un caviste d'Argentan (Orne), où il est candidat, avec trois autres salariés à temps plein.  "J'ai des collègues arrangeants. Dès qu'il y a une réunion, j'arrive toujours à me libérer", dit-il. Les questions d'agendas se posent aussi après la campagne, en cas d'élection. Troisième sur sa liste, Anthony Le Bras peut devenir maire-adjoint. "Cela nécessitera de passer à temps partiel", ce que devrait lui accorder son employeur le Crédit Agricole, anticipe-t-il, à l'instar d'autres collègues avant lui. 

Avec AFP