On parle d'un "come-back mais j'ai toujours été là!": la socialiste Catherine Trautmann, qui fut déjà deux fois maire de Strasbourg dans les années 1990, se soumet de nouveau à l'épreuve des urnes pour une élection à l'issue incertaine.
En ce samedi d'hiver, la venue de la candidate sur le marché d'un quartier résidentiel du sud de la capitale alsacienne ne passe pas inaperçue. L'ancienne ministre de 75 ans ne peut faire un pas sans être saluée par un passant.
"Jamais je n'ai reçu autant d'affection lors d'une campagne électorale", assure cette native de Strasbourg, favorite des sondages, qui ne doute pas d'avoir la force de remplir un nouveau mandat de six ans.
"Je n'ai jamais cessé de travailler beaucoup, ce qui constitue un entraînement qui me permet de savoir aussi quelle est ma capacité de travail", dit-elle à l'AFP.
Si elle a repris son bâton de pèlerin, c'est par "responsabilité" et à la demande des Strasbourgeois.
Car "Strasbourg va mal", affirme-t-elle, évoquant le bilan de la majorité verte sortante, marqué par un endettement doublé en six ans.
Elle critique des décisions à ses yeux préjudiciables, comme le stationnement résidentiel payant dans certains quartiers, ou la construction de nombreuses pistes cyclables au détriment de la circulation automobile.
- "Une figure marquante" -
Le dernier sondage Ipsos/bva/Cesi pour le groupe Ebra publié jeudi la donne en tête avec 31% des voix, devant la maire Jeanne Barseghian (22%) et Les Républicains (19%).
L'engouement pour Catherine Trautmann est lié d'abord à son histoire: elle est une "figure marquante" dans la ville, "tous les Strasbourgeois de plus de 40, 50 ans la connaissent", les jeunes un peu moins, souligne auprès de l'AFP Sébastien Michon, chercheur au CNRS à Strasbourg, spécialiste en sociologie politique.
Son entrée au conseil municipal remonte à 1983.
Six ans plus tard, cette diplômée de théologie, spécialiste du copte ancien, remporte une mairie traditionnellement aux mains de la droite. Elle devient la première femme aux manettes d'une municipalité de plus de 100.000 habitants en France.
Son premier mandat est marqué par la réintroduction du tramway, qui a profondément modifié l'urbanisme dans la ville.
En 1995, elle est réélue dès le premier tour.
Pendant cette décennie faste, elle est appelée à Paris où elle devient ministre de la Culture du gouvernement de Lionel Jospin de 1997 à 2000.
Ses succès lui valent alors le surnom de "reine" Catherine.
Mais suite à des dissensions internes, le PS perd la mairie au profit de la droite.
Tenue à l'écart par la suite, alors que son ancien adjoint reprend les rênes de la ville, elle sera députée européenne, notamment entre 2004 et 2014.
Elle attendra 2020 pour conduire de nouveau la liste socialiste après un désistement, et arrivera en troisième position au second tour.
Ces six dernières années, elle les a passées sur les bancs de l'opposition.
"J'ai eu le temps de me préparer", dit-elle avec un sourire.
- "Au-delà des partis" -
Une "forte incertitude" règne concernant l'issue du scrutin et les alliances possibles, souligne le chercheur du CNRS.
Le Rassemblement national (RN) est crédité de 11% des voix tandis que La France Insoumise (LFI) est proche de la barre des 10% (9%), donc tous deux pourraient potentiellement être présents au second tour. La marge d'erreur du sondage réalisé entre le 13 et 27 janvier auprès de 602 électeurs se situe entre 2 et 4 points.
Outre son expérience, Catherine Trautmann séduit par un positionnement "plutôt au centre-gauche" qui flirte aussi avec le centre-droit, estime Sébastien Michon.
Elle rejoint la droite en matière de lutte contre l'insécurité dont souffrirait Strasbourg, défendant notamment une police plus présente.
"Catherine Trautmann, je ne la mets plus dans le camp de la gauche", a taclé mi-janvier Jeanne Barseghian.
D'ailleurs, la candidate socialiste a déjà exclu toute alliance avec "une équipe écologiste qu'elle a combattue pendant six ans". Pas de rapprochement non plus avec la France insoumise, dit-elle.
Pour l'après premier tour, elle reste évasive.
"Je me présente au-delà des partis, avec mon étiquette, avec mes convictions, avec mes valeurs, ce qui ne pose de problème à personne parce que les gens connaissent mon expérience et ma façon de travailler avec chacun".
"Mon alliance", dit-elle, "elle est d'abord avec les Strasbourgeois".