«Une course à pied qui bloque toute la ville, le samedi, deux semaines avant Noël, cela peut-être un gros problème pour les commerçants», pointe Loïc Rousse, gérant d’un magasin Culinarion à Orléans. Le 5 mars, à Paris, il participait à une table ronde consacrée à «Ce que les commerçants attendent des maires», organisée par l'AJPME, association des journalistes spécialisés dans les PME. L'enjeu est de taille : le taux de vacance commerciale a augmenté, passant de 9,73% à 10,64% entre 2023 et 2024 dans les centres-villes et de plus de 16% dans les galeries marchandes, d'après le rapport de la Mission sur l'avenir du commerce de proximité dans les centres-villes et les quartiers prioritaires de la politique de la ville (novembre 2025). A Orléans, ce taux de vacance est limité à 6% et Loïc Rousse a vu son activité croître depuis son arrivée, il y a cinq ans. Néanmoins, ses attentes envers la mairie sont nombreuses, d'autant que le dialogue avec elle semble difficile. «Entre l'association des commerçants de la ville et la collectivité, c'est très tendu», note Loïc Rousse, regrettant ce manque de concertation sur les nombreux sujets qui impactent son activité. A commencer par les 300 événements qui se déroulent chaque année, en moyenne, dans la ville. «Cela peut fermer une rue, ou au contraire amener du monde», souligne le commerçant.
L'enjeu de la piétonnisation
La liste des sujets abordés par Loïc Rousse comporte également de nombreux thèmes du quotidien : la logistique – pour la livraison des produits et le prélèvement des déchets – la sécurité et aussi, l'accessibilité des commerces. «Je ne suis pas du tout contre la piétonnisation. On pourrait même aller plus loin. L'enjeu, c'est qu'il doit être facile et abordable de venir faire ses courses», argumente Loïc Rousse. Aujourd'hui, certains de ses clients qui ont des difficulté à se déplacer «se mettent en double file devant ma boutique avec des feux de détresse (…). On se met dehors pour que la voiture ne soit pas verbalisée», témoigne-t-il. Les difficultés pointées par le commerçant transparaissent en négatif dans les 14 «propositions» adressées aux élus par la FCA, Fédération du commerce coopératif et associé, qui regroupe 52 000 points de vente en France. Olivier Urrutia, son délégué général, souligne aussi d'autres enjeux complémentaires. Exemples : la pertinence de la gestion de l'urbanisme commercial par les élus, et l'habitat. «C'est une erreur funeste que ne pas parler de logement. (…) Vous pouvez mettre des commerces en centre-ville, mais s'il n'y a pas d'habitants pour consommer, cela ne sert à rien !».
L'enjeu n'a pas échappé à Bertrand Ollivier, maire de Joinville (3 000 habitants), en Haute-Marne, depuis 20 ans. A l'époque, il avait lancé un vaste programme de rénovation de l'habitat pour extraire la ville de la profonde crise socio-économique dans laquelle elle était plongée. «Le centre-ville et ses commerces étaient en déshérence ; les grandes surfaces s'étaient développées en périphérie dans les années 1990 (…) Une déviation de l'autoroute a donné le coup de grâce. Hôtels et restaurants ne bénéficiaient plus des flux de voyageurs», se souvient Bertrand Ollivier. Le commerce ? «Lorsque je suis arrivé, je n'y connaissais rien. Il y avait deux associations de commerçants qui se tiraient la bourre et mettaient la pression sur la mairie», raconte-t-il.
Commerces forts
L'élu a voulu faire de Joinville un lieu où faire ses courses est agréable, convivial. Il s'est efforcé d'amorcer une dynamique en identifiant et stimulant les «commerces forts », moteurs pour les autres, comme les restaurants, une bonne chocolaterie, la boulangerie... La mairie a fait le nécessaire pour obtenir des labels comme «Cité remarquable» et «Village étape». Ce dernier invite l'automobiliste à s'arrêter. «En période estivale, en particulier, c'est une machine à cash pour des commerces comme le boulanger, les métiers de bouche et l'hôtellerie», constate Bertrand Ollivier. A Joinville, une dynamique s'est enclenchée. Les restaurants affichent complet. Il y a quelques mois, l'enseigne de supermarché Lidl s'est implantée, ainsi qu'un Mac Do, pour la restauration rapide. «C'était très attendu des habitants. Ils ne se sentent plus déclassés», souligne l’élu.
Des difficultés persistent avec, en particulier, des «commerces faibles» qui risquent de déstabiliser l'écosystème déjà en place : tatoueurs ou vendeurs de cigarettes électroniques qui restent six mois, une sandwicherie qui «referme immédiatement pour un problème d'hygiène», ou les «barber shops non déclarés», une situation pour laquelle le maire ne dispose pas de pouvoir d'action. Plus globalement, «nous n'avons pas la maîtrise sur ce qui se passe dans les cellules commerciales vacantes. C'est le propriétaire qui décide», pointe l'élu. La commune dispose certes du droit de préemption qui lui donne la priorité pour acheter bail commercial ou fonds de commerce, mais le dispositif est lourd. Cas exceptionnel pour une ville de cette taille, Joinville dispose d'une manager de centre-ville – grâce au financement de la Région- et consacre – de manière directe et indirecte - environ 100 000 euros au commerce, sur un budget total de 4 millions d'euros.
Comm’une Opportunité met en relation collectivités et potentiels commerçants
En Bretagne, une commune propriétaire du fonds de commerce propose une boulangerie à reprendre ; dans le Lot, une autre propose une « belle résidence équipée de 11 chambres », pour un projet d'hôtellerie... Depuis 2021, la plate-forme Comm’une Opportunité met en relation porteurs de projets et collectivités. 25 installations ont pour l'instant été réalisées ; le projet monte en puissance.