Sauvegarder l'article
Identifiez vous, pour sauvegarder ce article et le consulter plus tard !

Oise : quatre créatrices artisanales installées en zone rurale, un potentiel bien réel

Installées entre Pierrefonds et Compiègne depuis plusieurs années, quatre créatrices reviennent sur leur choix d’implanter leur atelier en zone rurale. Un positionnement assumé, qui se heurte à un contexte socio-économique complexe, mais qui pourrait, sur le long terme, être pertinent.

Corinne Favrole (debout à g.), Sarah Morin (debout à dr.), Sandrine Pozzolo (assise à g.) et Marie Liégeois-Lorthé (assise à dr). © Aletheia Press / DLP
Corinne Favrole (debout à g.), Sarah Morin (debout à dr.), Sandrine Pozzolo (assise à g.) et Marie Liégeois-Lorthé (assise à dr). © Aletheia Press / DLP

Dans un contexte de hausse des loyers, de baisse du pouvoir d’achat et de saturation des centres urbains, de plus en plus de créateurs interrogent leur modèle. Sandrine Pozzolo, Corinne Favrole, Sarah Morin et Marie Liégeois-Lorthé, ont décidé de développer leur activité à Pierrefonds et Compiègne. Un choix qui offre de réels avantages en termes de conditions de travail, mais qui suppose aussi de composer avec des contraintes fortes, notamment en matière de visibilité.

«C’est assez compliqué, puisque l’on a sans cesse l’impression d’être entre deux mondes», observe Marie Liégeois-Lorthé, fondatrice de la Savonnerie de Pierrefonds, qui a souhaité se reconvertir pour arrêter les allers-retours quotidiens à Laon. «J’avais envie d’avoir un mode de vie plus resserré», résume celle pour qui la redynamisation des espaces ruraux faisait pleinement partie du projet.

Autre avantage des zones rurales : le coût du foncier. «J’ai eu des ateliers en fond de cour en région parisienne. Mais là, pour la première fois, je suis seule dans un grand espace», souligne la tapissière Corinne Favrole, implantée à Attichy depuis 2020 et fondatrice de l’atelier Prenez donc un siège. Un pari qui devrait se révéler pertinent à l’avenir selon Sarah Morin, créatrice de la maison de luminaires Sarah Morin Desing, qui, après Pierrefonds, s’est installée à Compiègne en 2024. «Je pense que de plus en plus d’artisans vont quitter les grandes villes. En attendant, être pionnière reste compliqué, surtout lorsque comme en ce moment, on navigue à vue», analyse-t-elle.

Un équilibre complexe

Sandrine Pozzolo a, elle, fait le chemin inverse. Après avoir passé deux ans à Compiègne, la créatrice d’idely, une marque de luminaires réalisés à partir de pièces anciennes, est aujourd’hui installée à Pierrefonds. «Au départ, j’étais très contente, puisque j’avais agrandi ma zone de chalandise et que je bénéficiais de l’aura touristique de Pierrefonds», se souvient-elle. Mais la deuxième année est beaucoup moins porteuse. «L’incertitude politique et la baisse du pouvoir d’achat m’ont frappée de plein fouet», analyse Sandrine Pozzolo.

Corinne Favrole abonde : «Il y a deux ans, j’avais encore six mois de visibilité sur mon carnet de commandes. Aujourd’hui, ça a totalement changé». Mais tout n'est pas négatif. «Le bouche à oreille fonctionne en revanche assez bien. Je pense qu’il y a aussi une volonté de la part des entreprises de miser sur le réseau de proximité», estime la tapissière. Pour preuve, récemment, un agenceur s’est installé à Attichy, il a pris contact avec Corinne Favrole pour de la sous-traitance.

Cette identité locale peut d’ailleurs jouer un rôle clé, comme pour la Savonnerie de Pierrefonds, dont de nombreux produits sont en lien avec le territoire. «Commercialement, je me suis beaucoup interrogée sur le fait de m’installer à Pierrefonds, où je peux vendre surtout le week-end, ou à Compiègne, où l’activité est surtout dynamique en semaine», remarque Marie Liégeois-Lorthé. C'est Pierrefonds qui est finalement choisi «pour fabriquer la semaine et vendre le week-end. Avec bientôt six années de recul, il n’y aura pas de deuxième temps à Compiègne. Le bon endroit pour moi, c’est ici», affirme-t-elle.

Un mouvement en devenir

Sarah Morin partage son sentiment à ce sujet : «J’ai récemment passé trois jours à Paris et je suis revenue convaincue de ce choix de ruralité. Le milieu urbain est saturé». Elle voit avec enthousiasme arriver d’autres créateurs avec des projets où les circuits courts et la dynamisation des territoires font partie intégrante de la démarche.

Sandrine Pozzolo analyse : «On a l’impression d’être dans le vrai. En fait, on revient à ce qui se faisait avant, puisque l’artisanat était très implanté en zone rurale». Un avis partagé par Marie Liégeois-Lorthé : «On disait que dans chaque village il y avait une savonnerie et une brasserie». Pour autant, pas question d'être nostalgique. «Nous ne sommes pas du tout dans le “c’était mieux avant”. L’ambition est de contribuer à la vie et à l’économie locales, pour favoriser le développement d’une activité artisanale partout où c’est possible», conclut-elle.

Pour Aletheia Press, DLP