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"Pas touche minouche!": quand le consentement s'invite dans le périscolaire parisien

"Pas touche minouche, c'est mon intimité!": répartis sur des bancs et des tapis, une quarantaine d'enfants d'école maternelle à Paris ont les yeux rivés sur l'oursonne en peluche en train de rabrouer un caneton qui...
L'actrice Lucie Langlais Vignontient un lapin en peluche lors de son spectacle "Pas touche Minouche" destiné à sensibiliser les enfants à la notion de consentement dans une école maternelle, le 23 avril 2026 à Paris © Alice HACKMAN

L'actrice Lucie Langlais Vignontient un lapin en peluche lors de son spectacle "Pas touche Minouche" destiné à sensibiliser les enfants à la notion de consentement dans une école maternelle, le 23 avril 2026 à Paris © Alice HACKMAN

"Pas touche minouche, c'est mon intimité!": répartis sur des bancs et des tapis, une quarantaine d'enfants d'école maternelle à Paris ont les yeux rivés sur l'oursonne en peluche en train de rabrouer un caneton qui vient de passer son aile sous sa jupe.

"Pas touche minouche, tu dois la respecter!", ajoute, en agitant Oursinette et Cantor, Lucie Langlais Vignon, autrice de ce spectacle d'une grosse demi-heure. A l'issue de la représentation organisée dans le cadre du centre de loisirs, plusieurs enfants fredonnent le refrain entêtant en enfilant leur blouson.

L'organisation de ce spectacle n'a rien d'anodin à l'heure où le périscolaire parisien est éclaboussé par des révélations en cascade sur des cas de violences sexuelles commises sur des enfants.

Dans la capitale, 31 agents ont été suspendus depuis début 2026 pour des suspicions de violences sexuelles dans des écoles. 

Face au scandale, le nouveau maire socialiste Emmanuel Grégoire a annoncé un plan de 20 millions d'euros, qui prévoit notamment une simplification de la chaîne de signalement et un investissement "massif" dans la formation.

Pour Lucie Langlais Vignon, l'une des clefs repose également sur la sensibilisation au consentement dès le plus jeune âge. 

"Le savoir, c'est le pouvoir", estime auprès de l'AFP cette actrice, mère de deux enfants de 4 et 7 ans. "Un enfant qui connaît ses droits est moins vulnérable qu’un enfant non informé."

Dans son spectacle, qu'elle joue depuis fin 2023, elle décrit plusieurs situations où ses peluches déploient ce qu'elle appelle leur "super-pouvoir de dire non". Et invite ensuite son jeune public à se l'approprier. 

L'oncle du lionceau peut-il lui demander de garder un secret qui le rend triste? "Interdit!", répondent les enfants en chœur. À quel adulte bienveillant peux-tu demander de l'aide? "Maman", gazouille un enfant. "Papa", "Grand-Mère", "ma tata", répondent d'autres. Un petit garçon suggère son chien.

Les messages passent

Depuis une vingtaine d'année, de nombreuses associations oeuvrent à sensibiliser aux questions du respect du corps et la lutte contre les violences sexuelles au sein des établissements scolaires. 

Mais bien qu'obligatoires, les séances d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) peinent encore à être appliquées pleinement. 

En décembre 2025, l'Etat a ainsi été condamné pour avoir tardé, jusqu'en février 2025, à organiser ces séances, qui se heurtent à une partie de la droite et des milieux conservateurs. 

Auditionnés au Sénat début avril, Sidaction, le Planning familial et SOS Homophobie ont déploré de leur côté des moyens financiers et humains insuffisants pour les mettre en oeuvre. 

En attendant une généralisation, Lucie Langlais Vignon voit déjà les effets à son échelle de ses spectacles. Elle cite notamment le cas d'une amie qui lui a envoyé un message l'an dernier après avoir emmené son fils de trois ans chez un nouveau médecin. 

"La docteure a soulevé son slip pour vérifier s’il avait aussi des boutons sur ses parties intimes, sans lui demander la permission comme le fait notre pédiatre habituellement. (Il) lui a lancé +eh ! pas touche minouche c’est mon intimité+ !!! J’étais trop fière de lui", lui a écrit cette amie, Audrey Guerrouani, 46 ans. 

Même satisfecit du côté de David Belliard, maire écologiste du 11e, un arrondissement particulièrement touché par les accusations de violences sexuelles de ces derniers mois.

"J'ai eu des parents hier encore qui me parlaient de ce spectacle en me disant que ça avait été très positif", dit-il à l'AFP. "Il y a toujours un petit moment un peu rigolo quand on parle de zézette, quand on parle de fesses, de parties intimes, mais les messages passent." 

Selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles (Ciivise), trois enfants par classe sont victimes d’inceste chaque année en France et 5 millions et demi de Français ont vécu des violences sexuelles dans leur enfance. 

Au total chaque année, ce sont près de 160.000 enfants qui sont victimes de violences sexuelles.