En bref

Perpétuité requise contre un homme pour viols aggravés et actes de torture sur son ex-compagne

"Il a voulu nier la dignité humaine": la réclusion criminelle à perpétuité a été requise vendredi par l'avocate générale contre l'ex-compagnon de Laëtitia jugé devant la cour d'assises des Alpes-de-Haute-Provence pour viols aggravés, actes...
Le dossier de la partie plaignante avant le début du procès de Guillaume B., accusé de multiples actes de violence conjugale sur sa compagne Laëtitia R., commis de 2015 à 2020, devant le tribunal des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, le 18 mai 2026 © MIGUEL MEDINA

Le dossier de la partie plaignante avant le début du procès de Guillaume B., accusé de multiples actes de violence conjugale sur sa compagne Laëtitia R., commis de 2015 à 2020, devant le tribunal des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, le 18 mai 2026 © MIGUEL MEDINA

"Il a voulu nier la dignité humaine": la réclusion criminelle à perpétuité a été requise vendredi par l'avocate générale contre l'ex-compagnon de Laëtitia jugé devant la cour d'assises des Alpes-de-Haute-Provence pour viols aggravés, actes de torture et de barbarie et proxénétisme.

"La relation sadomasochiste n'en avait que le nom, ces pratiques sont censées être encadrées, or la plaignante ne pouvait jamais dire stop", a déclaré dans son réquisitoire Malinka Eymond à propos de Guillaume B., 51 ans jugé depuis lundi pour avoir infligé de nombreux sévices à Laëtitia R, sa compagne durant sept ans, de 2015 à 2022.

S'appuyant sur des centaines de messages et d'enregistrements versés au dossier, l'avocate générale a assuré que la matérialité des faits était reconnue, ces échanges prouvant selon elle des "pratiques dégradantes quotidiennes" imposées "sous la menace d'armes" et "un fantasme du viol" explicitement formulé par l'accusé.

Vendredi, Laëtitia R., âgée de 42 ans, aujourd'hui handicapée entre 50 et 80%, avait de nouveau dénoncé une "emprise psychologique" mise en place par Guillaume B., ancien directeur d'agence bancaire. 

"J'avais l’impression de mourir de l'intérieur", a déclaré cette mère de quatre enfants, apparue tout au long du procès très affectée, ses témoignages entrecoupés de larmes.

Lorsque son compagnon, au début de leur relation, lui a proposé de l'initier au sadomasochisme, "j’imaginais des fessées, être attachée. Il m’avait dit que si ça ne me plaisait pas, on arrêterait", a-t-elle raconté.

Mais au final, "c'étaient des violences pures et dures", selon elle. Les enquêteurs ont relevé qu'aucun "safe word", mot de sécurité permettant d’interrompre une pratique n’avait été défini.

Laëtitia, mère de quatre enfants, affirme qu'elle "vivait dans la peur permanente" et redoutait la diffusion d'enregistrements intimes si elle quittait son compagnon.

Liste de 487 hommes

La plupart des actes dénoncés, parmi lesquels des entailles au cutter, un tatouage dégradant, de la zoophilie, des brûlures, des étranglements ou de la scatophilie, ont été reconnus par l'accusé, qui affirme cependant qu'il s'agissait de "jeux sexuels consentis dans le cadre de leur intimité".

La question du consentement autour de ces pratiques a été au coeur des débats devant la cour d'assises de Digne-les Bains.

Elle a aussi raconté le basculement de leur relation vers une prostitution forcée. "Petit à petit, il a insisté pour que je couche avec d’autres hommes", a-t-elle expliqué. Jusqu’à ce réveillon de Noël 2015 où elle a cédé à Guillaume B. qui lui demandait de se rendre sur une aire d'autoroute pour "s'offrir à des inconnus" pendant qu’il écoutait la scène au téléphone.

Il lui aurait ensuite imposé de monnayer ces rapports sexuels auprès "d'amis, de collègues et d'inconnus".

"Il m’a forcée à dresser une liste", a-t-expliqué. "J’ai arrêté de compter à 487 hommes, certains que j'avais vu jusqu’à dix fois".

Plaidant pour la partie civile, Me Philippe-Henry Honegger a estimé vendredi que les différents témoins, les preuves matérielles et l'avis des experts "prouvent que l'accusé n'a vu Laëtitia que comme l'objet de ses projections sadiques pour la pousser vers sa destruction". 

"Pendant sept ans, il a structuré son existence autour d'une stratégie quotidienne dont le seul et unique but était de provoquer la douleur aux autres pour en jouir", a poursuivi le conseil.

Me Honegger avait dit à l’AFP que le courage de Gisèle Pelicot, devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir publiquement témoigné des viols commis par son ex-mari et des dizaines d'hommes, avait incité sa cliente à vouloir faire connaître son histoire.

Les représentantes d'un collectif féministe se sont relayées depuis lundi à la cour d'assises pour soutenir Laëtitia et l'ont applaudie vendredi à l'issue des réquisitions

Le verdict doit être rendu samedi.