À Chalon-sur-Saône, l’usine Paprec confirme sa stratégie de montée en gamme dans le recyclage des plastiques ménagers, avec l’ambition de se positionner sur des débouchés à plus forte valeur ajoutée, notamment l’emballage alimentaire. Sur ce site de dix hectares implanté à Fragnes-la-Loyère, le groupe cherche à franchir un cap technologique en améliorant la qualité des matières recyclées issues des déchets du quotidien.
L’enjeu est industriel autant qu’économique : produire des paillettes plastiques suffisamment pures pour être réutilisées dans des contenants alimentaires, un marché exigeant mais plus rémunérateur. «Nous travaillons étroitement avec notre fournisseur de machines de tri pour assurer, en sortie, une pureté parfaite des paillettes de recyclage», explique David Verrien, directeur du site. En partenariat avec le Français Pellenc Selective Technologies, leader mondial du tri optique, l’industriel développe des solutions intégrant l’intelligence artificielle afin d’affiner la détection des plastiques dès leur entrée dans le process.
Un outil modernisé
Cette logique de différenciation n’est pas nouvelle. Le site est déjà parvenu à séparer certains flux complexes, comme les bouteilles de lait, dont la composition rendait difficile une valorisation qualitative. «En séparant ces deux variantes de polyéthylène nous pouvons désormais produire des paillettes colorées qui se vendent plus cher que le plastique gris», souligne le directeur. Une évolution significative, quand les débouchés traditionnels – notamment les travaux publics – restent peu valorisés.
L’outil industriel a été profondément modernisé pour accompagner cette montée en gamme. En 2022, 26 millions d’euros ont été investis, dont 5 millions d’aides publiques, afin de renforcer les capacités de tri et d’extrusion. L’usine traite aujourd’hui jusqu’à 50 000 tonnes de plastiques par an, avec des cadences de 6 à 7 tonnes par heure et un taux de pureté atteignant 97 % en sortie de tri. Les flux de polyéthylène haute densité et de polypropylène sont broyés, lavés – avec un circuit d’eau fermé à 95 % – puis transformés via trois lignes d’extrusion, dont une dédiée à la désodorisation des matières.
Un marché tendu
Ce positionnement s’inscrit dans un contexte de marché tendu. Si l’unité réalise encore près de 60 % de son chiffre d’affaires dans les applications de faible valeur (tuyaux, équipements urbains), elle vise une bascule vers l’emballage, qui pourrait représenter 60 % de son activité à l’horizon 2030. Une mutation stratégique rendue nécessaire par la pression concurrentielle internationale et la volatilité de la demande.
Au niveau européen, la filière du recyclage des plastiques traverse en effet une zone de turbulence. Malgré des obligations réglementaires favorables à l’incorporation de matière recyclée, la demande reste fragile. «Le cœur du problème, c’est la dégradation de la demande», alerte Sébastien Petithuguenin. Entre concurrence des plastiques vierges, coûts de production élevés et importations de matières recyclées asiatiques, l’équation économique reste délicate. L’Europe a perdu, ces deux dernières années, une capacité de retraitement d’un million de tonnes annuelles sur une capacité totale de 130 millions de tonnes, et enregistré plusieurs fermetures d’usines. Dans ce contexte, la montée en qualité apparaît pour Paprec comme un levier essentiel pour sécuriser ses débouchés et consolider son modèle industriel.
Pour Aletheia Press, Arnaud Morel