Après la signature de traités de défense avec la France et le Royaume-Uni, Varsovie a paraphé mercredi avec Berlin un accord de sécurité aux ambitions réduites du fait des réticences historiques de la droite polonaise et du risque de veto présidentiel.
Signé à Varsovie par les ministres de la Défense des deux pays, à l'occasion du 35e anniversaire du traité de bon voisinage de 1991, cet accord "ouvre de nouveaux champs de coopération, dans le domaine de la cybersécurité, de la responsabilité partagée, du commandement conjoint en mer Baltique, dans le domaine des nouvelles technologies, en particulier des activités spatiales", s'est félicité le ministre polonais de la Défense Wladyslaw Kosiniak-Kamysz.
Le texte évoque une coopération en matière de mobilité militaire, de développement des infrastructures et de coopération industrielle entre l'Allemagne et la Pologne.
"Nous avons tout intérêt à renforcer la coopération avec la Pologne dans le domaine de l'industrie de l'armement", a souligné le ministre allemand Boris Pistorius, lors d'une conférence de presse commune.
"Nous avons besoin de plus d'indépendance européenne en ce qui concerne nos chaînes d'approvisionnement, le développement de nos systèmes et leur production", a-t-il ajouté.
Dès juillet, des soldats allemands doivent aider la Pologne à renforcer sa frontière avec Kaliningrad dans le cadre du projet "Bouclier de l'Est".
En mer, cette coopération est cruciale pour protéger les infrastructures sous-marines essentielles et surveiller la "flotte fantôme" russe, a souligné Piotr Szymanski, du Centre d'études orientales, auprès de l'AFP.
Accord limité
Les accords bilatéraux de défense se multiplient en Europe depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022 et surtout dans un contexte d'incertitude sur l'avenir de l'engagement militaire américain.
Frontalière de l'Ukraine, de la Russie (enclave de Kaliningrad) et du Bélarus allié de Moscou, la Pologne a récemment signé deux importants traités avec les deux puissances nucléaires du continent: la France en mai 2025, et le Royaume‑Uni en mai 2026.
Contrairement au traité avec Paris, déjà ratifié, l'accord avec Berlin ne comporte aucune clause supplémentaire de garanties mutuelles, celles-ci restant limitées aux engagements existants de l'Otan (article 5) et de l'UE.
En présentant un texte plus contraignant, le gouvernement pro-européen de Donald Tusk se serait heurté à l'opposition nationale-conservatrice du parti Droit et Justice (PiS) et aurait risqué la censure du président nationaliste Karol Nawrocki.
Le traité signé avec Londres n'a d'ailleurs toujours pas été ratifié par le chef de l'État.
Le nouvel accord polono-allemand n'a pas en principe besoin d'être approuvé par le président.
"Nous ne sommes pas en concurrence avec d'autres partenaires de l'Otan en Europe, ni avec le Royaume-Uni, ni avec la France, ni avec d'autres", a commenté M. Pistorius.
La Pologne participe par ailleurs à plusieurs formats régionaux incluant l'Allemagne, dont le Triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne), récemment élargi au format "Weimar+" avec l'Ukraine et le Royaume-Uni.
En vue du prochain sommet de l'Otan à Ankara, en juillet, les Européens entendent afficher une position unie, la question centrale étant l'avenir de la présence américaine sur le continent.
Une réduction des capacités américaines impliquerait un rôle accru pour la Pologne et l'Allemagne, rappelle le vice-ministre polonais de la Défense, Pawel Zalewski.
Menace russe
L'anniversaire du traité polono-allemand a aussi donné l'occasion, mercredi à Berlin, à une rencontre des chefs de la diplomatie des deux pays, Johann Wadephul et Radoslaw Sikorski.
Les deux ministres ont dénoncé "les actions agressives de la Russie, notamment de nature hybride et dans le domaine de la désinformation".
Selon le ministre allemand, "l'Allemagne et la Pologne forment (désormais) ensemble l'épine dorsale de la défense européenne et de la dissuasion de l'Otan face à la menace russe".