Stations-service, pharmacies, ports, gestion de déchets, énergies renouvelables, tourisme, banques... Cuba, en proie à une sévère crise et mis sous pression par Washington, a annoncé mercredi l'ouverture de vastes secteurs de son économie aux acteurs privés.
Cuba réduit ainsi drastiquement le nombre d'activités interdites aux entreprises privées, quelques semaines après l'approbation par le Parlement d'un paquet de 176 mesures en faveur d'une ouverture à l'économie de marché.
La nouvelle réglementation "élargit de manière considérable le champ d'action des entrepreneurs et des entreprises privées sur l'île", ont indiqué les médias d’État, relayant ces mesures édictées par décret.
Distribution d'essence, services pharmaceutiques et optiques, maisons de retraites, terminaux de passagers et de fret, installations portuaires, importation de véhicules, gestion de certaines infrastructures touristiques et sportives, exploitation pétrolière et minière sous conditions, production d'énergies renouvelables, gestion des déchets : des pans entiers de l'économie sont désormais ouverts au secteur privé.
Les secteurs bancaire et sucrier sont également ouverts aux acteurs privés désormais, a précisé à l'AFP l'économiste cubain, basé à Londres, Daniel Torralbas, spécialiste de l'évolution du secteur privé sur l'île.
Il souligne cependant que "inévitablement, nombre des investissements qui pourront être réalisés dans ces secteurs (...) vont nécessiter des apports de capitaux étrangers", les petites et moyennes entreprises cubaines, autorisées en 2021, n'ayant pas pour l'heure la puissance financière pour investir dans ces domaines.
Concernant la santé, les soins médicaux restent une "responsabilité de l'État" et "l'activité médicale (...) continue d’être garantie à la population cubaine avec des services hospitaliers gratuits", ont cependant fait savoir les autorités.
L'éducation reste aussi l'apanage du secteur public, avec une timide ouverture pour les gardes d'enfants, cours de langues et soutien scolaire.
La santé et l'éducation gratuites sont deux piliers de la révolution menée par Fidel Castro en 1959, même si la crise économique a considérablement détérioré ces dernières années les services de base destinés à la population.
Autres secteurs qui restent aux mains de l'État : le tabac et la production de cigares, un produit d'exportation majeur pour l'île, les médias, les télécommunications, ainsi que les domaines de la sécurité et de la défense.
Ces mesures paraissent "une bonne chose, parce qu'il n'y a presque jamais de médicaments à la pharmacie. Quand on va en chercher, il n'y en a pas. Du coup les gens les vendent dans la rue" au marché noir à des prix élevés, réagit auprès de l'AFP Maria Luisa Pérez, 77 ans.
"Tout le monde sait qu'actuellement nous survivons grâce aux petites entreprises privées", souligne Ana Diago, 66 ans, une retraitée qui a dû reprendre un emploi pour pouvoir survivre.
Virage historique
Le 18 juin, le Parlement avait approuvé 176 mesures prévoyant d'ouvrir quasiment tous les secteurs d'activité aux acteurs privés.
Ces annonces en faveur de l'économie de marché marquent un virage historique pour l'île communiste et son économie socialiste centralisée, en proie depuis plusieurs années à une profonde crise et mise sous pression depuis des mois par Washington.
Elles interviennent alors que le président américain Donald Trump applique une politique de pression maximale sur l'île de 9,4 millions d'habitants, soumise depuis près de six mois à un blocus pétrolier.
Ce blocus a poussé l'économie cubaine, sous embargo depuis 1962, au bord de l'effondrement, provoquant des coupures de courant généralisées, ainsi que des pénuries encore plus aiguës de nourriture, de carburant, d'eau potable et de médicaments.
Lors de l'annonce des réformes, le gouvernement avait également assuré qu'il allait accélérer et décentraliser l'approbation de la création de petites et moyennes entreprises, qui n'ont cessé depuis 2021 de gagner du terrain dans le tissu économique.
Elles ont représenté plus de la moitié du commerce de détail en 2025 et emploient désormais plus d'un tiers de la population active.
Selon les autorités mercredi, elles sont désormais plus de 15.000, un chiffre qui montre une accélération dans le processus d'approbation ces dernières semaines.
Mercredi et jeudi, les députés de l'Assemblé nationale du pouvoir populaire doivent également examiner plusieurs projets de loi concernant l'agriculture, le logement, la réorganisation de l'administration et la législation du travail.