C’est une première mondiale et c’est à Grande-Synthe, près de Dunkerque, que cela se passe. Après plus de dix années de recherche et développement dans son laboratoire basé en région parisienne, le groupe irlandais Ecocem a mis au point un procédé de fabrication de ciment à base de laitiers moulus doté de qualités techniques lui permettant une utilisation dans 90 % des applications du béton. Cette prouesse permet de réduire de 70 % l’utilisation du clincker pour la fabrication du ciment, un matériau responsable de la majeure partie des émissions de CO2 du secteur du bâtiment.
Depuis son implantation à Dunkerque en 2019, Ecocem France (joint venture entre Ecocem et le sidérurgiste ArcelorMittal) produit déjà 750 000 tonnes de ciment bas carbone à base des laitiers moulus (sous-produit issu de la fonte) de son voisin ArcelorMittal majoritairement pour les entreprises de beton des Hauts-de-France et de la région parisienne. Toutefois, ce ciment vertueux avait un défaut : il n'était utilisable que dans certaines applications du béton. Avec l’ACT (nom générique du nouveau ciment bas carbone), les applications sont quasi les mêmes que pour un ciment fabriqué selon la technique traditionnelle. Actuellement, un démonstrateur à l’échelle 1 est installé sur le site de Dunkerque. “Le ciment bas carbone qui y est produit a déjà été testé avec succès dans une quarantaine de chantiers en France. Il est actuellement utilisé à 100 % pour la fabrication du béton nécessaire à la construction d’un ensemble immobilier en Ile-de-France par le groupe Legendre Construction”, précise Jean-Christophe Trassard, directeur marketing et communication du groupe.
Dunkerque, exemple européen de la transition
D’ici la fin 2026, le démonstrateur laissera la place à la nouvelle usine de production de l’ACT actuellement en construction. Elle sera dimensionnée pour en produire 300 000 tonnes par an. “Cela représente un investissement de 50 millions d’euros pour lesquels nous avons reçu une subvention de 3,5 millions d’euros de l’Etat dans le cadre de France 2030. Plus anecdotiquement, nous avons aussi reçu une aide financière de la Région et de la Communauté urbaine de Dunkerque”, commente Jean-Christophe Trassard. “Nous sommes vraiment fiers de cette innovation dont le but est ni plus ni moins que de participer activement à la décarbonation du secteur du bâtiment qui pèse pour beaucoup dans les émissions de CO2 dans le monde”.
L’objectif du groupe Ecocem est désormais d’équiper l’ensemble de ses sites de production avec cette technologie dont l’intérêt est aussi de pouvoir utiliser d’autres produits en remplacement du clincker. “Pour le moment, nous utilisons exclusivement du laitier puisque nous disposons de ce sous-produit en quantité et à proximité. Mais, dans les années à venir, il est très possible que nous utilisions aussi, dans d’autres usines du groupe, de l’argile calcique, par exemple. Le ciment bas carbone est l’avenir de la filière et nous voulons rester précurseurs en ce domaine. C’est la raison pour laquelle notre groupe a récemment inauguré un tout nouveau laboratoire de recherche dédié aux ciments bas carbone en région parisienne. C’est un investissement de 10 millions d’euros”.
Ces dernières semaines, la nouvelle de cette première mondiale est remontée jusqu’à la Commission européenne à Bruxelles. Persuadé, selon ses propres termes, “qu’il est beaucoup plus judicieux de se rendre sur le terrain pour comprendre le monde plutôt que de rester entre les quatre murs de son bureau”, Wopke Hoekstra, commissaire européen à la neutralité carbone et à la croissance propre s’est rendu sur le site de Dunkerque le 14 avril dernier. “Dunkerque est un exemple à l’échelle européenne de ce qui se fait de mieux en termes de transition économique, de décarbonation et d’innovation. On le voit ici avec le ciment mais aussi avec la filière de la batterie qui se construit ici aussi. La Commission européenne se doit d’accompagner et d’aider ces territoires volontaristes dans leur transition. C’est la raison de ma présence ici aujourd’hui”.