Décryptage
Baromètre EY

Quand l'instabilité pèse sur les investissements étrangers

Chaque année, le cabinet EY publie un baromètre sur l'attractivité de l'Europe et de la France en termes d'investissements étrangers. Entre ralentissement de la croissance et persistances des crises géopolitiques et commerciales, ces investissements ont été à la peine en 2025. Les Hauts-de-France n'échappent pas à la règle.

L'étude s'appuie sur une analyse des investissements réalisés dans 47 pays européens, et une enquête auprès de 200 dirigeants d'entreprise à capitaux étrangers. Sans grande surprise, le contexte de l'année 2025 a pesé sur les investissements internationaux, tout particulièrement en Europe qui a enregistré une baisse de 7% de ces IDE (Investissements Directs Etrangers), à 5 026 projets. Cette décrue s'observe d'ailleurs depuis 2022, une des années records après le Covid. «Les annonces de Trump, le climat persistant d'incertitudes et le marasme politique ont pesé pour les investisseurs et notamment dans l'industrie. Ils sont très attentifs au climat d'un pays quand ils veulent s'y implanter» détaille Mathieu Jaud de la Jousselinière, associé, directeur EY Nord de France. L'impact sur l'emploi a été très fort en Europe – plus qu'ailleurs dans le monde – avec 35 000 emplois de moins générés par les projets de très grande ampleur ; le plus bas niveau depuis plus de 10 ans.

La France suit malheureusement cette courbe, avec une baisse de 17% (1 025 implantations et extensions étrangères en 2024 contre 852 en 2025). Néanmoins, le pays reste attractif et se positionne même en première destination européenne en nombre d'IDE, depuis la 7ème année consécutive, devant le Royaume-Uni et l'Allemagne. Côté emplois, la France occupe le second rang, derrière le Royaume-Uni ; 2025 a été marquée par l'arrivée de la Hongrie au 4ème rang (en croissance donc de... 249% !), grâce à l'annonce du chinois BYD d'y implanter sa première usine de construction de voitures.

Les Hauts-de-France attractifs malgré une baisse

Les Hauts-de-France n'échappent pas à la règle : «2022 et 2023 avaient été d'excellentes années, entre les reports du Covid et les annonces des gigafactories. On observe une baisse de 12% du nombre d'emplois entre 2024 et 2025 (contre 4% à l'échelle de la France). Les plus importants projets de 2025 sont issus de la logistique : l'implantation, à horizon 2026 d'une nouvelle zone d'activités Amazon à Beauvais (1 000 emplois) et d'une nouvelle plateforme logistique d'Action sur le parc des Sablons, à Saint-Crépin-Ibouvilliers (600 emplois)» précise Mathieu Jaud de la Jousselinière. Dans le Nord, c'est à Onnaing que le chinois Windrose a aussi annoncé l'implantation de son usine d'assemblage de poids lourds électriques, pour un investissement de 175 millions d'euros et la création de 300 emplois.

Si la logistique draine près de la moitié des emplois créés et figure clairement comme une locomotive régionale en termes d'IDE, l'industrie est quant à elle en retrait de 48%. Alors que plus de 4 000 emplois avaient été générés par les IDE industriels en 2023, ils ne sont plus que 1 584 en 2025, avec une baisse constatée dans l'automobile, la chimie et la métallurgie et plus grave, l'annulation de projets comme celui du leader américain de l'innovation en verre Corning à Ruitz (Pas-de-Calais), annoncé en 2022 avec une centaine d'emplois, ou encore du géant de la chimie Chemours qui a fermé son usine de Villers-Saint-Paul dans l'Oise.

La MEL dans le top 3

Malgré une baisse de 30% des projets IDE industriels, les Hauts-de-France occupent une belle troisième place, après Auvergne-Rhône-Alpes et Grand-Est. «Nous avons perdu notre place de leader en nombre de créations d'emplois dans l'industrie au profit de Grand-Est, avec un repli de 48% mais les fondamentaux restent bons : du foncier, de la main d'œuvre bien formée et un bon alignement politique» tempère le directeur.

Quant à la MEL, en 4ème position en nombre de projets IDE (25), elle trône à la troisième place en nombre d'emplois créés en 2025 (800) mais surtout, elle en perd moins que ses concurrents, la Métropole d'Aix-Marseille-Provence et Toulouse Métropole.

S'il est encore trop tôt pour esquisser les contours de 2026, les chiffres annoncés témoignent toujours de l'intérêt des entreprises à capitaux étrangers pour les Hauts-de-France : près de 80 milliards d'euros devraient y être investis dans les prochaines années, essentiellement dans l'industrie avec les acteurs de la batterie, mais aussi dans l'énergie et la logistique (Canal Seine-Nord, les deux EPR à Gravelines, l'extension du Grand Port de Dunkerque...) ou encore la souveraineté numérique et le déploiement des data centers et autres infrastructures.