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Robotique, régénération des sols… la « Ferme Digitale » : 10 ans d’innovations

Enrichissement des sols par champignons et vers de terre, développement d’une robotique de science-fiction, création d’un QR code « augmenté » : pour sa 10ème édition, l’espace de La Ferme Digitale, qui fédère les agritechs, au Salon de l’agriculture a aligné les innovations.


DR APM.

DR APM.

L’imagerie satellite s’est encore affinée, comme le montrent les solutions de Kermap (Cesson Sevigné, 35). Ce fournisseur engagé dans la transition environnementale du secteur agricole propose des indicateurs combinés à des algorithmes d’IA ; ils permettent de suivre et d’améliorer la qualité des sols ou de mesurer la bonne santé des haies, précieux réservoirs de biodiversité. Le dispositif de télédétection permet de quantifier l’absorption du CO2 et ouvre ainsi des droits de compensation.

Satellite et robotique font bon ménage. Chez Vensys (héritage du groupe vendéen Audireau), on continue de croire au charriot entièrement autonome au nom poétique HKTC… Mesurant 1,60 m par 1,90 m pour 1,80 m de hauteur, il est capable de transporter une tonne, avec une autonomie de 4 à 10 heures selon les tâches. Bardé de capteurs - caméra, microphones, radars, etc. - il se déplace avec une précision de quelques centimètres. Conçu initialement pour l’agriculture (investissement de 100 k€), il intéresse aussi les armées. « La difficulté pour ce genre de robots, ce sont les risques d’enlisement et les aléas de la météo », explique un responsable. De plus, la réglementation en vigueur en Europe exige une surveillance constante par une personne. Bref, il reste à trouver des marchés.

Lutter contre l’appauvrissement des sols

A cause de plantations répétées chaque année, les sols s’appauvrissent, même si l’on y ajoute des engrais. La start-up Mycophyto créée en 2017 par Justine Lipuma, chercheuse à l’INRAE, apporte une réponse avec la constitution d’une ‘biobanque’ comptant pas moins de 60 espèces de champignons mycorhiziens - précieux acteurs de la biodiversité depuis 450 millions d’années sur notre planète. Adaptés à tous types de terroirs et de plantes, ils intéressent la viticulture, le maraîchage, les espaces verts, les arbres… jusqu’aux plantes de parfum. Ils réduisent les besoins en intrants chimiques et en eau. La productivité peut bondir de 15 à 40%. Les cycles de traitement s’inscrivent sur quatre ans, comme en témoignent la centaine de clients déjà opérationnels. Une nouvelle levée de fonds de 16 M€ (avec BNP et Bpifrance) va soutenir l’export.

Une autre start-up, Veragrow, créée en 2019 à Val-de-Reuil (Eure ) par trois camarades de promo de l’école d’ingénieurs de Rouen (Process industriels) - Alexandre Bocage, Alexandre Foulon et Théo Saint-Martin - développe des élevages de lombrics pour produire industriellement des biofertilisants ou ‘lombricomposts’. Dans de vastes bacs longs de 25 m, des colonies de vers de terre, par dizaines de millions, produisent des ‘turricules’ très riches en nutriments. Récupérés sur des tapis roulants, ils sont conditionnés sous forme liquide (bidons de 1 ou 4 litres) et constituent de véritables boosters naturels, écologiques, pour les sols, pour les feuilles ou pour l’enrobage de semences ou de graines. Avec une capacité de production étendue (5 000 l/ jour), les exportations se développent dans une vingtaine de pays, dont l’Ukraine et le Sénégal.

Toujours dans l’Ouest, sur le Technocampus Alimentation de Nantes depuis 2014, une autre start-up, Weenat, fournit aux agriculteurs, grâce à une panoplie de capteurs, des données très détaillées par parcelles sur l’hygrométrie de l’air et des sols. Une application aide à déterminer quand arroser, avec quelle quantité, quand traiter selon le vent et la pluviométrie. Des alertes sont envoyées en cas de risques de gel ou de maladies.

Modéliser pour adapter les cultures, irriguer ou drainer en fonction de la météo et des sols, c’est également la proposition de Finres, installée à Boulogne Billancourt, depuis 2022.

Un QR code « augmenté »

En marge de La Ferme Digitale, a été annoncée sur le salon une « première mondiale » par les sociétés FoodPilot et GS1 : la création d’un « QR code augmenté » pour l’affichage détaillé des données environnementales des produits, à la place du code barre. Il affiche un éco-score, l’empreinte CO2 du produit, son origine, date de fabrication, date limite de consommation, etc. En lisant ce QR code, les caisses enregistreuses des points de vente pourront bloquer la vente de produits périmés ou interdits à la consommation (cas d’alertes de contamination), ou enclencher une réduction de prix s’appliquant à des produits en « date courte ». Il suffisait d’y penser…