En bref

Sept ans de sévices conjugaux : "je ne pensais pas faire mal", dit l'accusé avant le verdict

"Je ne pensais pas faire mal", a déclaré samedi Guillaume B., au dernier jour de son procès aux assises pour viols accompagnés d’actes de torture ou de barbarie commis pendant sept ans sur...
Le dossier de la partie plaignante avant le début du procès de Guillaume B., accusé de multiples actes de violence conjugale sur sa compagne Laëtitia R., commis de 2015 à 2020, devant le tribunal des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, le 18 mai 2026 © MIGUEL MEDINA

Le dossier de la partie plaignante avant le début du procès de Guillaume B., accusé de multiples actes de violence conjugale sur sa compagne Laëtitia R., commis de 2015 à 2020, devant le tribunal des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, le 18 mai 2026 © MIGUEL MEDINA

"Je ne pensais pas faire mal", a déclaré samedi Guillaume B., au dernier jour de son procès aux assises pour viols accompagnés d’actes de torture ou de barbarie commis pendant sept ans sur son ex-compagne sous couvert de relation sadomasochiste.

Dans sa dernière prise de parole avant le verdict, l'accusé, âgé de 51 ans, contre qui l'avocate générale a requis une peine de réclusion à perpétuité, a assuré "regretter certaines choses", tout en niant, en pleurs, "être le monstre qu'on décrit".

"Les faits ne sont pas contestés, la question c'est le consentement", a plaidé l'un de ses deux avocats, Me Arnaud Lucien. 

La défense a jugé la peine requise disproportionnée et "réservée à des meurtriers comme Guy Georges, Nordahl Lelandais ou Xavier Dupont de Ligonnès". 

Les jurés se sont retirés en fin de matinée pour un verdict attendu dans la journée.

Pendant une semaine de débats publics devant les assises des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, la plupart des actes -des coups, un tatouage dégradant, de la zoophilie, des brûlures, des étranglements ou de la scatophilie- pratiqués sur Laëtitia R., ont été reconnus par l'accusé. Tout comme les relations sexuelles imposées avec d'autres hommes, près de 500 selon la plaignante.

"Il est difficile de comprendre que certaines personnes puissent s'adonner à ces pratiques", a concédé Me Charlotte Barriol, avocate de la défense, mais les nombreux messages du couple "démontrent que Laëtitia a été consentante", estime-t-elle.

Dans le box, l'ex directeur de banque aux cheveux grisonnants et à la fine moustache a assuré que son procès a été "un accélérateur de prise de conscience".

Nier la dignité humaine

L'avocat de Laëtitia R., reconnue handicapée entre 50 et 80%, avait dit que sa cliente avait souhaité des débats publics, inspirée par le courage de Gisèle Pélicot, devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir publiquement témoigné des viols commis par son ex-mari et des dizaines d'hommes.

Devant le tribunal, des représentantes d’un collectif féministe présentes depuis le début de la semaine pour soutenir Laëtitia, aujourd'hui lourdement handicapée, ont dit espérer un verdict "envoyant un message fort".

"Votre décision déterminera ce que la société accepte qu'un être peut faire à un autre demain", avait lancé vendredi aux jurés l'avocate générale Malinka Eymond en requérant la perpétuité pour prévenir un "risque de récidive sur une autre femme".

Il a "voulu nier la dignité humaine", a-elle dit, assurant que "la relation sadomasochiste n'en avait que le nom, ces pratiques sont censées être encadrées, or la plaignante ne pouvait jamais dire stop".

Les enquêteurs ont relevé qu'aucun "safe word", pour arrêter un rapport, n'avait été établi.

Ces actes sont "dans le code sadomasochiste", avait tenté de justifier l'accusé. "Le seul code que je connais c'est le code pénal", avait répondu la présidente.

"Qu'il arrête de se cacher derrière le sadomasochisme ", avait lancé Laëtitia à la barre vendredi assurant qu'il s'agissait de "violences pures et dures".

Laëtitia, mère de quatre enfants, affirme qu'elle "vivait dans la peur permanente" et redoutait la diffusion d'enregistrements intimes si elle quittait son compagnon.

Après leur rencontre en 2015, la relation de couple a, sous prétexte au départ de jeux sexuels sadomasochistes, évolué en relation d'emprise psychologique et de contrôle total du mis en cause sur sa compagne, selon l'enquête.

En juin 2022, la victime parle pour la première fois de sa situation à une amie qui alerte les forces de l’ordre, entraînant l'interpellation de Guillaume B.

Préparatrice en pharmacie de formation, Laëtitia souffre selon son avocat de séquelles physiques et physiologiques "qui font qu'elle est dans l'incapacité de mener une vie quotidienne normale".