Un adolescent de 15 ans a été condamné jeudi à Paris à 17 ans de réclusion criminelle pour le meurtre en octobre 2024 d'un chauffeur de VTC à Marseille, première affaire emblématique de tueurs à gages mineurs recrutés sur internet par la narcocriminalité organisée marseillaise.
A l'issue de trois jours de procès à huis clos et quatre heures de délibéré, le mineur a été déclaré coupable par le tribunal pour enfants de meurtre en bande organisée pour avoir tué par balle le conducteur Nessim Ramdane, une affaire qui avait marqué les esprits pour sa violence gratuite et la jeunesse de son auteur.
Pour la première fois dans un procès, les réquisitions ont été prises par le nouveau parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), entré en activité début janvier et basé dans la capitale.
"Courage mon fils, courage", a lancé son père, lui-même détenu mais qui a pu assister par visioconférence au bref prononcé du jugement en public, à l'adolescent à l'air juvénile qui comparaissait dans le box.
Le tribunal a ordonné à l'encontre du garçon 10 ans de suivi socio-judiciaire et une mesure éducative judiciaire pour une durée de cinq ans.
Du fait de son âge, l'adolescent encourait 20 ans de prison, contre la perpétuité s'il avait été majeur. Ayant 14 ans au moment des faits, donc moins de 16 ans, l'excuse de minorité ne pouvait être écartée par les juges.
"C'est la peine exemplaire que nous avions espérée, la peine qui me semble juste", a réagi à l'issue de l'audience Anne Santana-Marc, avocate de la partie civile, indiquant que le Pnaco avait requis 20 ans de prison.
A l'inverse, les avocates du jeune homme, Eva Bensoussan et Coline Grindel, ont regretté "un quantum réellement trop élevé au regard de son parcours de vie" et ont annoncé leur intention de faire appel.
Huis-clos de 27 minutes
Le 4 octobre 2024, le chauffeur de VTC Nessim Ramdane, un père de famille de 36 ans, avait été retrouvé tué par balle au volant de son véhicule, encastré dans le mur d'une école maternelle à Marseille.
Peu après la découverte du véhicule et du corps, la police recevait l'appel d'un détenu de la région se présentant comme membre du gang marseillais DZ Mafia et assurant avoir commandité le meurtre d'un narcotrafiquant rival.
Ce contrat était censé venger la mort d'un adolescent de 15 ans, qu'il avait précédemment envoyé intimider ce concurrent, mais qui avait été repéré et poignardé une cinquantaine de fois puis brûlé vif.
Mécontent de son nouveau tueur, qui a abattu une personne sans lien avec sa cible, le commanditaire l'a dénoncé à la police qui a interpellé ce dernier dans la foulée.
Juste après le meurtre, le procureur de Marseille Nicolas Bessone avait donné des détails sur le profil du mineur, expliquant qu'il avait été placé en foyer depuis ses neuf ans, ses parents étant eux-mêmes détenus dans des affaires liées aux stupéfiants.
Recruté sur Snapchat pour ce contrat, l'adolescent a été récupéré dans le Gard et installé dans un hôtel à Marseille où lui avaient été remis une arme et un téléphone, d'après une source judiciaire.
L'apprenti-tueur a commandé un VTC Bolt pour aller exécuter sa cible. Mais en raison d'un différend avec le chauffeur, dont la nature n'est pas claire, le mineur l'a abattu d'une balle de revolver à l'arrière du crâne durant le trajet.
"On ne saura jamais vraiment ce qu'il y a eu dans ce huis-clos qui a quand même duré 27 minutes à l'intérieur du Bolt (...) Le mineur nous a dit que Nessim avait essayé d'engager la conversation, mais que lui, évidemment, il n'était pas là pour discuter", a relaté Me Santana-Marc à la sortie de l'audience.
L'information judiciaire sur les éventuels commanditaires et complices de l'adolescent dans cette affaire sanglante est toujours en cours, la législation sur les mineurs imposant des délais de jugement beaucoup plus courts que pour les majeurs.
Quelque 500 personnes avaient assisté aux obsèques de Nessim Ramdane, père de trois enfants, figure du football local, prêt à empiler les emplois pour nourrir sa famille.
L'affaire amorce la vague de procès liées à l'embauche croissante de mineurs par la criminalité organisée marseillaise, qui s'est déjà matérialisée dans la hausse de 18% de l'activité pénale du tribunal pour enfants de Marseille l'année dernière.