Triple inconnue dans les prévisions économiques pour 2028. Le 7 octobre, à Paris, les économistes d'Allianz Trade, spécialiste de l'assurance-crédit, ont dévoilé leur scénario central pour la période : en 2026, la croissance du PIB mondial devrait ralentir par rapport à 2025, passant de + 3% à + 2,6% et ensuite se redresser en 2027, passant à + 2,8%. En 2028, elle devrait à nouveau fléchir (+ 2,6%).
Mais des scénarios beaucoup plus sombres ne manquent pas. En effet, «il existe de nombreuses incertitudes autour de trois points de tension», insiste Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Allianz Trade. Trois risques majeurs sont redoutés : choc énergétique, correction sur les marchés obligataires, déraillement dans le cycle des dépenses d’investissement dans l'IA. L'avènement de l'un d'eux, voire, une combinaison entre ces différents facteurs - liés entre eux- auraient des conséquences délétères.
Dans l'hypothèse centrale d'Allianz Trade, néanmoins, le risque d'un choc énergétique né de la guerre au Moyen-Orient devrait se résorber. «Il y aura un monde post-Ormuz», estime Ano Kuhanathan, responsable de la recherche sectorielle chez Allianz Trade. Le prix du baril brut de pétrole ne devrait pas rester à son niveau actuel de 100 dollars, pour partie dû à une «surprime géopolitique» des tradeurs qui parient sur une reprise des hostilités. Il devrait diminuer pour atteindre 77 dollars l'an prochain, en raison de plusieurs facteurs : les routes commerciales sont déjà en train de se recomposer – notamment, via l'oléoduc saoudien - pour éviter le détroit. En outre, la demande a baissé pendant la crise dans un marché qui était déjà plutôt excédentaire par rapport à l'offre. Quant aux prix du gaz européen, ils devraient rester élevés jusqu'à la fin de l'année (autour de 65 euros/MWh ) pour redescendre en 2027 (36 euros/MWh) à mesure que les flux de GNL via Ormuz se normalisent et que de nouvelles capacités américaines arrivent sur le marché.
La croissance suspendue à l'IA
Dans ce scénario central, le deuxième risque majeur, celui d'une correction sévère sur les marchés obligataires devrait également être évité. L'inflation devrait se modérer sans entraîner d’effets salariaux significatifs de second tour. Les banques centrales européennes et américaines seraient amenées à intervenir, mais sans aller jusqu'à la mise en place d'une politique restrictive ou d'une hausse des taux forte et permanente. «Les marchés souverains pourront absorber un volume d’émissions élevé sans hausse désordonnée des primes de risque», estiment les analystes. Cette hypothèse suppose que les élections de mi-mandat aux États-Unis n’entraînent pas de nouveaux dérapages et que celles européennes (à commencer par la présidentielle française) n'engendrent pas d'incertitudes budgétaires supplémentaires.
Dernier risque majeur écarté, enfin, l'interruption brutale du cycle d'investissements en IA. Ce dernier pourrait être provoqué par une multitude de facteurs : conditions monétaires restrictives, ruptures d'approvisionnement en puces mémoire, rentabilité décevante... Mais d'après Allianz Trade, le cycle d'investissement, aujourd'hui à mi-parcours, devrait se poursuivre. Les investissements annuels culmineraient à plus de 1 000 Mds de dollars en 2028, avant de se stabiliser autour de 900 Mds par an, en 2029-2030. Aux États-Unis, «l'essentiel des investissements sont portés par des secteurs liés à l'IA», souligne Ana Boata. L'impact de l'IA se mesure aussi dans la zone Asie-Pacifique, où il contribue à hauteur de 25% de la croissance. Même constat au niveau du commerce mondial de biens : en 2026, il progresse de 4 % grâce à l’IA, mais recule de 1 % hors IA.