En bref

Une première en France : l'aéroport de Méaulte devient ambassadeur du don d'organes

Le 30 janvier, les représentants de l’aéroport international Amiens-Henry Potez ont signé la convention «Entreprise ambassadrice du don d’organes» à Méaulte. Une première en France pour un aéroport.

L’aéroport Amiens - Henry Potez est devenu, le 30 janvier dernier, la première plateforme aéroportuaire de France labellisée «Entreprise ambassadrice du don d’organes». «Un aéroport, c’est une mission mécanique de première importance. Nous accueillons 6 000 vols par an, dont une vingtaine de vols sanitaires. Ici, les organes arrivent et repartent. C’est une grande responsabilité», souligne Virginie Caron, présidente de l’aéroport international Amiens - Henry Potez, pour qui la signature de cette charte concrétise un engagement quotidien.

L'aéroport, qui totalise plus de 200 vols sanitaires depuis 2008, devient le premier site aéroportuaire français à rejoindre ce réseau de sensibilisation. «Ainsi, nous voulons montrer l'exemple et inciter d'autres entreprises du territoire à nous rejoindre», poursuit-elle. Cette initiative s'inscrit dans un contexte régional fort, avec 104 communes et une trentaine d'acteurs engagés dans les Hauts-de-France. L'objectif : pallier la pénurie de donneurs, alors que 23 000 patients sont en attente de greffe et que seulement 6 035 interventions sont réalisées chaque année. «Trois personnes meurent chaque jour», indique Éric Buleux-Osmann, membre du Collectif Greffes+ et président de Transhepate Hauts-de-France, qui a lui-même bénéficié d’une greffe du foie il y a neuf ans.

«Entre proches, on se le dit»

La législation prévoit actuellement que chacun est présumé donneur d’organes. «Ce don d’organes repose sur trois principes : l’anonymat, la gratuité et le volontariat», détaille Éric Buleux-Osmann. «Il est aussi possible de s’y opposer en le signalant sur un registre national», précise-t-il, rappelant que pour être donneur, il est nécessaire d’être en état de mort cérébrale, ce qui concerne moins de 1% des décès à l’hôpital. Dans les Hauts-de-France, les soignants font face à un taux de refus de 45%, un chiffre particulièrement élevé.

«Ce déficit de dons s'explique par la méconnaissance des procédures, la confusion avec le don du corps et l'absence de dialogue familial, rendant la sensibilisation essentielle», insiste Éric Buleux-Osmann, qui œuvre pour accroître la visibilité du ruban vert et du slogan associé : «Entre proches, on se le dit». Un engagement qui facilite ensuite le travail des infirmiers coordinateurs, premiers interlocuteurs des familles. «Vous avez un courage remarquable, vous êtes le premier maillon de la chaîne ; sans vous, elle n’existe pas», souligne Marie-Christine Mellor Espagna, coordinatrice au CHU d’Amiens depuis 27 ans.

Des gestes qui sauvent

Parmi elles figure celle de Capucine, élève infirmière originaire d’Albert, victime d’une mort encéphalique à la suite d’une sévère crise d’asthme il y a deux ans. «Capucine venait d’avoir 19 ans quand, un dimanche de janvier, au milieu du repas, elle m’a dit : «S’il m’arrivait quelque chose, vous donnerez mes organes et vous me ferez incinérer»», se souvient Anne-Sophie Level, sa mère. Lorsque la question s’est posée, elle n’a pas hésité à en informer les soignants de l’hôpital d’Arras. Grâce à ce geste, sept personnes vivent aujourd’hui grâce à elle. «Depuis février 2024, nous nous joignons aux associations de sensibilisation au don d’organes. En rencontrant des personnes greffées, tout est devenu concret», conclut-elle.