En bref

Verdun : comment la ville transforme la mémoire de guerre en levier d’attractivité économique et touristique

Longtemps associée à son passé militaire, Verdun cherche désormais à repositionner son image autour de la culture, du tourisme immersif et de l’innovation territoriale. L’intérêt porté par des étudiants de l’Université de Lorraine à cette stratégie locale illustre une problématique plus large : la capacité des villes moyennes à utiliser leur patrimoine comme moteur de compétitivité et de croissance économique.

Verdun étudiée comme modèle d’attractivité territoriale. © Communauté d'Agglomération du Grand Verdun.

Verdun étudiée comme modèle d’attractivité territoriale. © Communauté d'Agglomération du Grand Verdun.

La Communauté d’Agglomération du Grand Verdun a récemment accueilli des étudiants du Master Proj&Ter de l’Université de Lorraine venus analyser la transformation de l’image du territoire. Les échanges ont porté sur les politiques menées depuis plusieurs années pour diversifier l’identité de la ville et renforcer son attractivité. Parmi les projets étudiés figurent la modernisation de la Citadelle souterraine grâce à des dispositifs de réalité virtuelle, le développement du Trail des Tranchées ou encore l’ouverture de la Micro-Folie en 2024. La collectivité met également en avant les labels «Site Patrimonial Remarquable» et «Pays d’Art et d’Histoire», obtenus dans le cadre d’une stratégie de valorisation patrimoniale engagée depuis 2014.

Les villes moyennes misent sur l’attractivité culturelle

Cette stratégie reflète également l’évolution des politiques publiques locales face aux nouvelles formes de concurrence territoriale. Dans de nombreuses villes moyennes, les investissements culturels ne sont plus uniquement pensés comme des dépenses patrimoniales, mais comme des outils de développement économique capables de générer de l’activité tout au long de l’année. En misant sur les technologies immersives, les grands événements sportifs et les équipements culturels hybrides, les collectivités cherchent à stimuler la consommation locale, renforcer l’activité hôtelière et soutenir les secteurs liés au tourisme et aux loisirs. Cette logique répond aussi à des enjeux de recrutement et d’installation de populations actives, alors que plusieurs territoires peinent à attirer cadres, entrepreneurs et jeunes diplômés face à l’attractivité des grandes métropoles. L’amélioration de l’image territoriale devient ainsi un levier indirect pour favoriser les investissements privés, dynamiser le marché immobilier et renforcer la compétitivité économique locale dans un contexte de transition des modèles de croissance territoriale.

Le patrimoine devient un levier économique territorial

À l’échelle nationale, l’essor des stratégies de valorisation patrimoniale traduit aussi la recherche de nouveaux relais de croissance pour des territoires confrontés à l’érosion industrielle et au vieillissement démographique. Dans plusieurs villes moyennes, le patrimoine n’est plus seulement considéré comme un enjeu culturel, mais comme un actif économique capable de générer des flux touristiques, de soutenir l’immobilier local et de renforcer l’attractivité des centres-villes. Les collectivités cherchent ainsi à créer des écosystèmes mêlant tourisme, culture, technologies numériques et économie résidentielle afin de compenser la fragilité de certains secteurs traditionnels. Cette mutation favorise également l’émergence d’un marché autour des industries immersives, de la scénographie numérique et des services événementiels, porté par des entreprises spécialisées dans les contenus interactifs et les équipements culturels innovants. Derrière cette dynamique se joue aussi une compétition croissante entre territoires pour capter financements publics, visiteurs et investisseurs, alors que les marges budgétaires des collectivités restent fortement contraintes par l’inflation et la hausse des coûts énergétiques.